Des intellectuels et artistes d’Argentine et de France ont appelé la mairie de Paris à déclarer le président Javier Milei « persona non grata » dans la capitale française. L’appel a été publié à la veille de la visite prévue de Milei à Paris le 30 septembre pour participer à la Semaine argentine à Paris, dont l’objectif est d’attirer des investissements européens. En 24 heures, la pétition sur la plateforme Change a recueilli plus de 1 000 signatures.
Dans l’appel, il est souligné qu’après près de trois ans au pouvoir, la politique radicale d’austérité de Javier Milei a des conséquences graves pour la société argentine. Parmi celles-ci figurent la baisse du pouvoir d’achat et de la consommation des ménages, des licenciements massifs dans la fonction publique, une transformation profonde du marché du travail marquée par la réduction de l’emploi officiel et protégé au profit de l’emploi précaire et mal rémunéré, malgré la baisse de l’inflation.
Les auteurs de l’appel évoquent également des coupes brutales dans les services publics, qui ont gravement affecté le fonctionnement des universités publiques, de la recherche scientifique, de l’éducation, de la culture et des hôpitaux, ainsi qu’une récession qui frappe les entreprises non liées aux matières premières ou au secteur financier.
Accusations et scandales
Parmi les signataires figurent les écrivaines Laura Alcoba, Kery James et Alicia Dujovne Ortiz, l’acteur Nahuel Pérez Biscayart, les philosophes Miguel Benasayag et Pierre Dardot, les chercheurs Julio Premat, Mariana Di Cio, Edgardo Manero et Esteban Buch, le musicien Eduardo Makaroff, les historiens Diana Quattrocchi-Woisson, Pablo Stefanoni, Christophe Judicelli et Olivier Compagnon, le cinéaste et écrivain Santiago Amigorena, ainsi que les artistes José Cuno, Cristina Ruiz-Ginés, Federica Matta, María Amalía et Sergio Akindo. La liste comprend également des personnalités politiques de gauche, comme Martín Billar et Rodrigo Arenas.
Le document mentionne plusieurs scandales gouvernementaux, notamment celui lié à la cryptomonnaie $LIBRA, des pots-de-vin présumés que des entrepreneurs pharmaceutiques auraient versés à l’Agence nationale des personnes handicapées, ainsi qu’une tentative de féminicide contre l’ancien conseiller présidentiel Fernando Cerimedo en Bolivie.
Est également dénoncée la politique d’ajustement fiscal, qui, selon les signataires, « a conduit à une augmentation de l’endettement excessif et à une dépendance accrue des ménages envers le crédit ». Parmi les autres griefs : « le démantèlement des services publics », la privatisation de ressources stratégiques « au profit de multinationales », les atteintes aux droits des femmes, en référence à des déclarations récentes de Javier Milei sur l’avortement, les répressions policières contre les retraités et « le déni d’État ».
L’appel évoque aussi les attaques verbales du président contre des journalistes, des opposants, des femmes, des défenseurs des droits humains, des personnes handicapées et des représentants de la communauté LGBTQI+.
La situation de la Casa Argentina à Paris, dirigée par l’avocat Santiago Muscio, est également abordée. Il est indiqué que « les expulsions de résidents pour des motifs idéologiques et le refus de Santiago Muscio de signer la charte des valeurs de la Cité universitaire — un engagement contre la discrimination et en faveur de la liberté de conscience — ont conduit plusieurs résidences nationales, dont celles du Japon, du Canada, de l’Allemagne et du Danemark, à suspendre leurs échanges avec elle ».
La mairie de Paris a saisi le gouvernement français pour enquêter sur les activités de la Casa Argentina, notamment son utilisation pour des rencontres de l’extrême droite européenne. Selon les auteurs de l’appel, ce cas « illustre la dérive autoritaire que le gouvernement argentin cherche à exporter en France ».
« Dans ce contexte, la promotion de Javier Milei en France, soutenue par certains médias, organisations patronales et dirigeants français, nous semble extrêmement grave », conclut l’appel.
Les auteurs ont formulé trois demandes à la mairie de Paris et à son maire : 1. déclarer Javier Milei « persona non grata » sur le territoire parisien ; 2. refuser toute réception officielle, toute distinction ou tout événement institutionnel en son honneur pendant son séjour ; 3. réaffirmer publiquement son engagement en faveur du respect strict et irréprochable des droits humains et sa solidarité avec la lutte démocratique de la société argentine.
La veille, lors d’une conférence de presse du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, une journaliste de l’agence France-Presse a interrogé le ministre sur la polémique entourant la Casa Argentina à Paris et la pétition. Barrot a répondu que la mairie de Paris avait contacté le ministère à ce sujet et que des discussions étaient en cours avec les autorités argentines et leurs représentants dans la capitale française.
Source : La Nación



