Kallas s’oppose à la réforme de la politique étrangère de l’UE portée par l’Allemagne et la France

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a invité ses homologues de l’UE à Berlin le 2 décembre pour poursuivre les discussions sur la réforme de la politique étrangère de l’Union européenne, notamment la restructuration du Service européen pour l’action extérieure (SEAE).

Berlin et Paris préparent une réunion avec un document de position commun qui devra intégrer les conclusions des premiers débats, tenus mercredi lors d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’UE en Irlande. Au cours de ces échanges, le projet de transfert de la plupart des compétences et du personnel du SEAE à la Commission européenne a été critiqué, tout comme le renforcement du rôle de la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, vice‑présidente exécutive. En plus des petits États membres, Kallas elle‑même s’est fermement opposée à cette réforme.

Kallas a souligné que la structure institutionnelle actuelle ne devait pas être modifiée, affirmant que cela était soutenu par « une large majorité » des États membres. « Si nous remplissons correctement notre mission au Service des affaires étrangères, il n’est pas nécessaire de dupliquer ces tâches au sein de la Commission — cela doit rester là », a‑t‑elle expliqué après la réunion à Wicklow, au sud de Dublin. Selon elle, elle constitue « le lien entre les États membres et la Commission ».

Cependant, cela ne fonctionne que « sur le papier, en théorie », a rappelé l’ancienne Première ministre estonienne. Elle a indiqué que les difficultés proviennent du fait qu’au sein de la Commission, elle dépend de la présidente, Ursula von der Leyen : « C’est vrai que j’assume ce rôle, mais lorsqu’une autorité supérieure prend réellement des décisions, le mécanisme ne fonctionne pas ».

Les diplomates rejettent les affirmations de Kallas

Les diplomates ont contesté les propos de Kallas selon lesquels « une large majorité » des États souhaiteraient conserver la structure actuelle. Un d’eux a jugé les débats « trop simplifiés », ajoutant que de nombreux États n’avaient pas exprimé de position claire. Il a également souligné que, parmi les petits États membres, subsiste la crainte de perdre de l’influence si la Commission européenne était renforcée. Dans le système actuel, beaucoup d’efforts sont consacrés à la coordination des déclarations avec les 27 États de l’UE, tandis que la haute représentante elle‑même intervient rarement de façon proactive.

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En revanche, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a accueilli favorablement l’initiative réformiste franco‑allemande. Il a déclaré au F.A.Z., en marge de la réunion des ministres, qu’il s’agissait d’« une proposition importante » qui mérite une analyse approfondie. Tajani a ajouté qu’il souhaitait également apporter sa propre contribution italienne. « Nous avons besoin de plus d’Europe dans le monde. Pour cela, nous devons être plus actifs qu’un simple service », a‑t‑il affirmé.

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Jeudi, Kallas a présenté la nouvelle secrétaire générale du SEAE. Il s’agit de l’ancienne ministre néerlandaise de la Défense, Kajsa Ollongren, du parti libéral de gauche D66. Ollongren prévoit de convoquer un conseil d’experts chargé de la réforme du SEAE.

Les plans de l’Allemagne et de la France pour réformer le SEAE

L’Allemagne et la France envisagent de réduire considérablement les compétences du SEAE, créé en 2010. Il ne serait alors responsable que des missions civiles et militaires, ce qui nécessiterait environ 15 % du personnel actuel, soit près de 3 000 employés. Les divisions spécialisées en politique étrangère seraient intégrées à la Commission européenne, où une nouvelle direction générale des relations extérieures serait mise en place. Selon les informations disponibles, la Commission européenne a déjà lancé les travaux de planification.

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Conformément au projet, la haute représentante de l’UE, en tant que vice‑présidente exécutive, pourrait donner des instructions à certains commissaires, tout en restant soumise aux orientations politiques de la présidente de la Commission européenne. Cette réforme pourrait être adoptée sans modification des traités, à condition d’obtenir l’unanimité des États membres.

Source : FAZ