La victoire du parti AfD lors des élections régionales en Allemagne a suscité des réactions contrastées au sein de l’extrême droite française : le Rassemblement national (RN) observe un silence notable, tandis que le parti Reconquête ! a ouvertement salué ce résultat. Lors du scrutin en Saxe-Anhalt, l’AfD a recueilli 43,8 % des voix, devançant la CDU du chancelier Friedrich Merz, qui a obtenu 17,2 %.
Stratégie politique et divergences
Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui aspirent respectivement aux fonctions de présidente et de Premier ministre de la France, n’ont pas évoqué le succès de l’AfD après le scrutin. Ce silence n’est pas surprenant au regard de la campagne de longue haleine menée par Marine Le Pen pour normaliser l’image du Rassemblement national — l’ancien Front national — et pour distancier le parti du racisme et de l’antisémitisme explicites prônés par son père, le fondateur du parti Jean-Marie Le Pen. Selon un sondage IPSOS/BVA publié dans le journal Le Parisien, le RN est en tête des intentions de vote avec 34–36 % à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Par ailleurs, Jordan Bardella avait déclaré avant même le scrutin que le rétablissement de relations d’alliance entre le RN et l’AfD « n’est pas prévu ». Il a toutefois reconnu que la pression électorale exercée par l’AfD en Allemagne a contribué à modifier le paysage politique du gouvernement de Friedrich Merz, favorisant notamment le rétablissement des contrôles aux frontières.
Le parti Reconquête !, qui occupe une position plus à droite que le RN et siège au sein du même groupe au Parlement européen que l’AfD — « Europe des nations souveraines » (ESN) — a ouvertement salué ces résultats. L’eurodéputée Sarah Knafo les a qualifiés d’« historiques », tandis que le chef du parti Éric Zemmour a parlé d’une « heure de vérité ». Reconquête ! partage avec l’AfD plusieurs positions, notamment le concept de « remigration », que le RN ne soutient pas ouvertement, préférant prôner l’expulsion systématique des migrants illégaux et des délinquants étrangers.
L’eurodéputé du RN Pierre-Romain Thionnet a déclaré que le résultat de l’AfD ne devait pas surprendre, le parti ayant réussi sur des thèmes que les forces politiques traditionnelles n’ont pas su traiter : l’immigration de masse, la perte de l’identité nationale ainsi que le déclin social et industriel. Selon lui, ce résultat illustre « l’effondrement des partis traditionnels au profit de forces politiques qui représentent réellement les aspirations des Européens ».
Dans le même temps, Pierre-Romain Thionnet a confirmé que la décision du RN de ne pas s’allier à l’AfD au Parlement européen demeure inchangée, en raison de positions inacceptables pour le parti français chez certains représentants de l’AfD concernant la mémoire historique, ainsi que de divergences majeures en politique étrangère.
Auparavant, le RN et l’AfD appartenaient au groupe parlementaire Identité et démocratie, aux côtés de la « Ligue » italienne et du Parti de la liberté (FPÖ) autrichien. Cependant, avant les élections européennes de 2024, un conflit a éclaté entre les partis suite à une série de scandales impliquant des dirigeants de l’AfD. Notamment, la tête de liste du parti Maximilian Krah a déclaré dans une interview au journal italien La Repubblica qu’être membre des SS nazis ne faisait pas automatiquement d’une personne un criminel. En mai 2024, le groupe Identité et démocratie a voté l’exclusion de l’AfD. Après les élections, l’AfD a contribué à former le nouveau groupe de droite « Europe des nations souveraines », officiellement créé en juillet 2024.
Le chercheur et professeur de politique à Sciences Po Paris Gilles Ivaldi note que la stratégie politique de Reconquête ! est plus proche de celle de l’AfD que de celle du RN. Selon lui, l’AfD s’exprime de manière plus radicale et se positionne ouvertement comme une force d’extrême droite, tandis que le RN tente d’adoucir son programme et de normaliser son image pour remporter l’élection présidentielle.
Gilles Ivaldi a toutefois souligné qu’il ne faut pas considérer le RN et Reconquête ! comme des forces politiques totalement distinctes, car ils partagent de nombreux points de vue sur l’immigration, la délinquance, l’Ukraine et les relations entre la France et la Russie. Lors de l’élection présidentielle française de 2022, Marine Le Pen a obtenu 23,15 % des voix au premier tour, tandis qu’Éric Zemmour a recueilli 7,07 %.
Source : Euronews



