La BCE a relevé ses taux directeurs pour la deuxième fois depuis le début du conflit avec l’Iran en février, en réaction aux signes montrant que l’inflation restera nettement supérieure à 2 %. Jeudi, le taux de dépôt a été augmenté d’un quart de point de pourcentage pour atteindre 2,5 %, conformément aux prévisions de la quasi‑totalité des économistes interrogés par Bloomberg.
La BCE a souligné qu’elle ne prenait aucun engagement préalable concernant ses prochaines étapes, préférant décider lors de chaque réunion en fonction des nouvelles données. « Le conflit au Moyen‑Orient continue de créer une pression inflationniste, et l’inflation restera nettement supérieure à l’objectif fixé pendant une période prolongée », a déclaré l’institution. Selon la BCE, les perspectives économiques demeurent extrêmement incertaines : les risques pour l’inflation sont orientés à la hausse, tandis que ceux pour la croissance économique sont orientés à la baisse.
Réaction à la hausse des prix de l’énergie
Cette décision signifie que les responsables de la zone euro devancent leurs homologues des autres grandes économies dans la réponse à la flambée des prix de l’énergie, qui a provoqué la plus forte accélération de l’inflation en près de trois ans. Les traders anticipent un nouveau durcissement de la politique monétaire : après l’annonce, ils ont renforcé leurs paris sur de nouvelles hausses et tablent désormais sur trois relèvements de taux d’ici octobre 2027.
La présidente Christine Lagarde, lors d’un échange avec des journalistes à Berlin, a noté que la croissance économique entre avril et juin était généralisée à l’ensemble des pays et des secteurs.
« Cette tendance s’est probablement poursuivie au troisième trimestre », a déclaré Christine Lagarde. Elle a toutefois averti que la hausse des coûts de l’énergie se répercuterait progressivement sur l’inflation sous‑jacent et les prix des produits alimentaires.
« Le conflit au Moyen‑Orient et les récents développements dans la guerre injustifiée menée par la Russie contre l’Ukraine ont encore fait grimper les prix de l’énergie », a affirmé Christine Lagarde. Selon elle, cela maintiendra probablement l’inflation globale nettement au‑dessus de l’objectif jusqu’au premier semestre 2027.
Le pétrole a atteint 105 $ le baril, et les prix du gaz naturel en Europe ont retrouvé des niveaux observés pour la dernière fois durant l’hiver suivant le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Dans ce contexte, les prix à la consommation dans le bloc monétaire des 21 pays ont progressé de 3,3 % en glissement annuel en août.
Perspectives de nouvelles hausses de taux
Ces chiffres pourraient rassurer les responsables de la BCE qui, lors de la réunion de juillet, avaient déclaré qu’une politique monétaire « modérément restrictive » pourrait être nécessaire pour ramener l’inflation à son niveau cible.
Pour atteindre cet objectif, le taux de dépôt devra probablement dépasser 2,5 %. Ce niveau se situe actuellement à la limite supérieure de la fourchette largement considérée comme neutre pour l’activité économique.
Le membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Gediminas Simkus (Lituanie), a déjà déclaré qu’il était peu probable que l’institution mette fin aux hausses de taux après cette semaine. Son homologue bulgare, Dimitar Radev, a qualifié la réunion de décembre d’« ouverte » à une éventuelle décision.
La résilience inattendue de l’économie pourrait faciliter un nouveau durcissement monétaire. La production a augmenté de 0,6 % entre avril et juin, après une révision importante des données concernant l’Irlande.
Parallèlement, l’industrie manufacturière connaît sa croissance la plus rapide depuis plus de quatre ans, portée par les investissements dans la numérisation et les dépenses publiques consacrées aux infrastructures et à la défense.
Le chef économiste pour la zone euro chez Moody’s Analytics, Kamil Kovar, a souligné que la reconnaissance par la BCE de la vigueur inattendue de l’économie, couplée à des prévisions d’inflation plus élevée, témoigne de la volonté du Conseil des gouverneurs de poursuivre les hausses de taux.
Source : Bloomberg



