Le gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, Emmanuel Moulin, a déclaré que l’économie française se trouve dans une situation « préoccupante » et « insatisfaisante », exhortant le gouvernement et le Parlement à prendre des mesures pour réduire le déficit budgétaire. Sur les ondes de la radio RTL, il a précisé : « Je ne dirais pas que la France est en danger, mais elle est dans une situation qui est préoccupante et qui est insatisfaisante. »
Selon Emmanuel Moulin, les finances publiques et le déficit budgétaire sont particulièrement inquiétants. Dans un contexte de faible consommation des ménages et de recul des investissements, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a abaissé jeudi sa prévision de croissance pour 2026, la faisant passer de 0,7 % à 0,4 %. Le gouvernement, pour sa part, table sur une croissance de 0,5 %.
À l’inverse de la France, l’économie de la zone euro affiche une croissance solide, bien que l’inflation demeure élevée. Jeudi, la BCE (Banque centrale européenne) a relevé ses taux directeurs pour la deuxième fois depuis le début de la guerre avec l’Iran et a révisé à la hausse ses prévisions d’inflation, tout en soulignant la résilience surprenante de l’économie de la zone euro face aux conséquences du conflit.
« La zone euro est dans une situation différente, avec une croissance forte et une inflation très élevée. Nous agissons dans l’intérêt de la zone euro. Il y a des moments où c’est favorable à la France, et d’autres où c’est moins favorable. », a expliqué Emmanuel Moulin.
La France confrontée à des problèmes de dette
Le ralentissement de l’économie française a compliqué les plans budgétaires du gouvernement. Le ministre des Finances Roland Lescure a reconnu que l’objectif officiel de ramener le déficit budgétaire à 5 % du PIB, contre 5,1 % en 2025, « n’est plus une option ».
L’incertitude entourant le budget de l’année prochaine ajoute aux difficultés. Les députés de l’opposition ne sont pas disposés à accepter des coupes impopulaires dans les dépenses publiques à l’approche de l’élection présidentielle du printemps. Cette situation a pesé sur la confiance des investisseurs et accentué la pression sur le marché français des obligations d’État, dans un contexte de vente massive d’actifs obligataires à l’échelle mondiale.
L’écart de rendement entre les obligations d’État françaises et allemandes à 10 ans a dépassé les 90 points de base en début de semaine, atteignant son plus haut niveau depuis la crise de la dette européenne.
Emmanuel Moulin a averti qu’en raison de la hausse des taux et du coût du service de la dette, la France pourrait consacrer environ 100 milliards d’euros par an au paiement des intérêts dès 2028 ou 2029.
Emmanuel Moulin critique le plan de Jean‑Luc Mélenchon
Le candidat à l’élection présidentielle pour la gauche radicale, Jean‑Luc Mélenchon, a proposé de résoudre les problèmes budgétaires de la France en annulant la dette détenue par la Banque de France et la BCE. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déjà rejeté cette idée, la qualifiant de juridiquement impossible et de « financièrement dangereuse ».
De son côté, Emmanuel Moulin a affirmé qu’une annulation de la dette équivaudrait, en pratique, à une sortie de la France de la zone euro. « C’est illégal, c’est dangereux et c’est inutile. Cela provoquerait évidemment de l’inflation et une hausse des taux d’intérêt. », a-t-il déclaré.
Emmanuel Moulin a également rappelé que la France n’avait pas fait défaut sur sa dette depuis 1797, soulignant qu’une annulation constituerait une forme de défaut, l’État ne remplissant plus ses obligations de remboursement.
Vendredi, Jean‑Luc Mélenchon a réagi aux propos d’Emmanuel Moulin en relayant sur le réseau social X une publication du député de gauche Manuel Bompard. Ce dernier a accusé le gouverneur de la Banque de France de mentir lors de son intervention radiophonique et de diffuser de fausses informations.
Jean‑Luc Mélenchon a ajouté que « la dangerosité sociale de tels individus » devait être prise en compte, les accusant d’avoir relevé les taux de la BCE, ce qui, selon lui, « va détruire des milliers d’entreprises en France ».
La Banque de France n’a pas souhaité commenter les publications de Jean‑Luc Mélenchon et de Manuel Bompard sur les réseaux sociaux.
Source : Bloomberg



