Des milliers de migrants assaillent l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc : des dizaines de personnes pourraient avoir péri en mer

La mer devant Ceuta, l’une des deux villes espagnoles sur la côte marocaine, est jonchée de bouées de sauvetage, de matelas pneumatiques et de chambres à air.

Pour des milliers de jeunes Marocains, ce n’est pas un festival ou un jeu, mais une tentative périlleuse de trouver un avenir meilleur. Au cours des dix derniers jours, entre 1 500 et 2 000 personnes ont tenté d’atteindre Ceuta. Aujourd’hui seulement, avant midi, environ trois cents tentatives de ce type ont été enregistrées, avec des franchissements massifs de la frontière diffusés sur des dizaines de vidéos sur les réseaux sociaux. Parallèlement, de nombreuses personnes arrivent discrètement, traversant la mer à la nage. Selon les estimations, entre 20 et 30 personnes pourraient avoir péri cette semaine, mais jusqu’à présent, seuls cinq corps ont été retrouvés.

Certains migrants s’enveloppent soigneusement avec du ruban adhésif, protégeant leurs documents dans des sacs et du cellophane pour les préserver de l’eau. D’autres se lancent à la nage sans aucun équipement de flottaison, compliquant ainsi leur identification. Des dizaines de familles marocaines publient sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux des deux côtés de la frontière des photographies de leurs proches disparus. Parmi eux se trouvent des mineurs. L’histoire est presque toujours la même : un dernier appel téléphonique, puis des jours de silence et d’incertitude. Sont-ils morts en mer ? Ont-ils été arrêtés et emmenés dans le Sahara ? Ou n’ont-ils tout simplement pas encore pu établir le contact ?

Centres de réception surpeuplés et demande d’état d’urgence

Le centre de réception et d’autres institutions à Ceuta sont débordés. La protection civile, la Croix-Rouge et les organisations non gouvernementales s’efforcent de fournir de l’aide, mais la ville est petite et ses capacités sont limitées. Le président de la ville autonome Juan Jesús Vivas du Parti populaire (Partido Popular), qui dirige Ceuta depuis 25 ans, a appelé à déclarer une situation d’urgence au niveau national et à rétablir la pratique du retour immédiat des migrants à la frontière.

Cette demande contredit une récente décision de la Cour suprême, qui a statué que le retour immédiat n’est possible que lorsque la pénétration à Ceuta se fait par la destruction des structures frontalières. En d’autres termes, cela ne s’applique que si la personne est arrêtée lors du franchissement d’une clôture frontalière bien fortifiée (« Valla »), mais pas lorsqu’elle parcourt des kilomètres le long de falaises abruptes ou nage pendant au moins cinq à six heures. Pour de tels cas, comme l’a noté le tribunal en se référant au droit international, au droit maritime et au droit d’asile, une procédure standard doit être appliquée.

Le gouvernement rejette la demande, Vox accuse Sanchez

C’est précisément pour cette raison que le gouvernement a rejeté la demande de Vivas. Comme l’a rapporté le ministère de l’Intérieur dirigé par Fernando Grande-Marlaska, qui visitera Ceuta demain, le régime d’état d’urgence ne s’applique que dans des cas clairement définis par la loi : inondations, tremblements de terre, activité volcanique, phénomènes météorologiques dangereux, incendies de forêt, accidents impliquant des substances dangereuses, incidents nucléaires et radiologiques, ainsi que d’autres risques technologiques.

« La déclaration de l’état d’urgence national, indique le communiqué, est régie par la législation dans le domaine de la protection civile, qui ne considère pas les flux migratoires comme une menace pour le Système national de protection civile et ne prévoit pas de plans spéciaux ou de mécanismes distincts pour leur régulation ».

La situation a exacerbé le débat politique sur la migration, qui se poursuit après la légalisation massive des migrants initiée par le gouvernement de Pedro Sánchez, et affecte également les relations avec le Maroc, avec lequel l’Espagne mène un dialogue délicat concernant le Sahara occidental. Le leader du parti d’extrême droite Vox Santiago Abascal, allié politique de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, a qualifié la situation d’« invasion ».

Selon lui, ce processus a été délibérément planifié par le gouvernement de Pedro Sánchez, qu’il a qualifié de « chef de la mafia ». Dans un message sur la plateforme X, il a déclaré : « Ce sont des hommes en âge de servir, que le gouvernement corrompu de Sánchez a appelés à assaillir nos frontières uniquement pour qu’ils marchent ensuite dans les rues de l’Espagne en criant : « Vive Pedro Sánchez ! ». Pour chaque viol, chaque coup de couteau et chaque coup porté aux poches des Espagnols qui paient pour leur entretien, il y a un principal coupable — le chef de la mafia qui appelle désespérément de nouveaux complices pour rester au pouvoir ».

Le Parti populaire adopte une rhétorique beaucoup plus modérée, mais promeut une approche similaire en matière de politique migratoire. Dans de nombreuses régions du pays, sa collaboration avec Vox a contribué à déplacer le cours politique vers la droite, reflétant le slogan « les Espagnols d’abord ». L’un des points clés de cette politique, en particulier à Ceuta, reste le refus d’accepter les migrants mineurs non accompagnés.