Kyiv connaît la fréquence d’alertes aériennes la plus élevée depuis le début de l’invasion russe — BBC

Selon une analyse des données gouvernementales réalisée par BBC Verify, Kyiv subit quotidiennement les alertes aériennes les plus fréquentes depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022. La nouvelle tactique russe consiste à multiplier les frappes sur la capitale en journée, alors qu’auparavant la plupart des attaques survenaient la nuit. Cette évolution perturbe fortement le fonctionnement des écoles et des entreprises, obligeant les habitants à se réfugier jusqu’à 13 fois par jour. La durée des alertes varie de quelques minutes à près de quatre heures et demie.

Les données de l’application gouvernementale Kyiv Digital montrent que, depuis la fin du mois d’août, date à laquelle les attaques russes sont devenues incessantes, les sirènes retentissent à Kyiv en moyenne 10 fois par jour. Au cours des sept jours débutant le 27 août, 76 alertes aériennes ont été déclenchées dans la capitale. À titre de comparaison, le pic hebdomadaire de 2022 a été enregistré la semaine du 27 février, avec environ 66 alertes.

Il est impossible de comparer parfaitement ces chiffres, car les données des premiers jours de l’invasion étaient parfois incomplètes. Néanmoins, la tendance générale, selon la BBC, est claire. Dans les bureaux de la BBC à Kyiv, le bruit des systèmes de défense antiaérienne et les explosions de drones se font entendre presque en continu.

Nouvelle tactique de frappes russes

L’intensification des attaques s’accompagne de l’utilisation de nouveaux drones rapides équipés de turboréacteurs. Certains atteignent une vitesse de près de 595 km/h, soit trois fois plus que les anciens drones Shahed à hélice. Selon les forces aériennes de l’Ukraine, la Russie a lancé 2800 drones rapides en août, presque le double du mois de juillet.

TOP  Rutte : l'OTAN restera unie et forte, quel que soit le résultat des élections en France

Le président Volodymyr Zelensky a tenu une réunion d’urgence avec ses ministres et le commandement militaire pour examiner la production de nouveaux intercepteurs capables de contrer ces engins. « Vous voyez tous que les Russes ont changé la tactique de leurs frappes sur l’Ukraine et, depuis août, ils terrorisent nos gens, nos villes et nos villages de façon beaucoup plus intense », a déclaré le président.

Le porte‑parole des forces aériennes de l’Ukraine, Yuriy Ihnat, a indiqué qu’actuellement, seuls 60 % environ des drones sont abattus. Il estime que la lutte contre les drones à réaction nécessite de nouveaux intercepteurs dotés de systèmes de guidage spécialisés.

« La question clé est la disponibilité des systèmes de guidage, car c’est l’un des éléments décisifs. Il ne suffit pas qu’un intercepteur vole vite ; il doit atteindre sa cible. C’est essentiel », a ajouté Yuriy Ihnat.

Certaines sources militaires estiment que cette menace pourrait devenir bien plus grave que les missiles balistiques russes, qui contournent déjà en grande partie la défense ukrainienne, notamment grâce aux systèmes Patriot. L’Ukraine utilise des avions de chasse, des canons antiaériens et des systèmes portatifs de défense aérienne pour contrer ces drones à réaction.

TOP  Le chef du gouvernement Pedro Sánchez affirme que personne en Espagne ou dans l'UE n'aurait pu prévoir la crise migratoire à Ceuta

Les analystes soulignent que l’objectif de la Russie n’est pas seulement d’affaiblir le moral de Kyiv, mais aussi de nuire à l’économie ukrainienne en frappant des entreprises et des entrepôts.

Les alertes bouleversent le quotidien à Kyiv

Les alertes constantes forcent les élèves à quitter leurs classes, les employés leurs bureaux et les usagers des transports publics à chercher des itinéraires alternatifs. Certaines lignes de métro doivent s’interrompre pendant les alertes, car elles traversent le Dnipro en surface, obligeant les passagers à se rabattre sur des bus.

Les alertes perturbent également la rentrée scolaire. Dans une université de Kyiv, lorsqu’une alerte retentit, une partie des étudiants descend dans les abris souterrains, tandis que d’autres restent dehors, tant ces situations sont devenues habituelles.

Diana, étudiante se destinant à l’enseignement, a confié qu’elle dormait mal et que son emploi du temps était constamment chamboulé. « Parfois, c’est difficile, car je dois passer la majeure partie de la journée dans des lieux sûrs, comme le métro ou sous terre. C’est une période terrible, mais Dieu merci, nous sommes en vie. Nous vivons au jour le jour », a‑t‑elle déclaré.

Un autre étudiant, futur professeur de chimie, a affirmé s’être habitué aux alertes, tout en soulignant qu’elles compliquent la vie. « Les sirènes nous énervent parce qu’elles sont constantes. Cela détruit la qualité de notre éducation… Nous ne pouvons pas étudier normalement », a‑t‑il noté.

TOP  Premier ministre norvégien : l'avion de Zelensky a failli être visé par un drone russe au départ de Moldavie

Après l’impact d’un drone dans un quartier résidentiel du centre de Kyiv, les élèves d’une école voisine ont été évacués par crainte de nouvelles explosions ou d’une éventuelle « double frappe ».

Sofia, 17 ans, a confié à la BBC qu’il est effrayant et très difficile de vivre à Kyiv actuellement. Au moment de l’entretien, une nouvelle sirène a retenti. « Nous devons partir. C’est très dangereux de rester dans la rue. Il pourrait y avoir une deuxième explosion », a‑t‑elle ajouté.

Nouvelles règles selon les niveaux de menace

Pour limiter l’impact des alertes sur le travail, l’éducation et les déplacements, le gouvernement a approuvé un nouveau système d’alerte à deux niveaux. Le niveau jaune signale une attaque de drones présentant un risque moindre, avec des restrictions limitées. Le niveau rouge s’applique en cas d’attaque de missiles plus dangereuse, entraînant des mesures plus strictes.

Le week‑end, les attaques sur Kyiv ont brièvement cessé pendant la visite de représentants des États‑Unis venus discuter d’une éventuelle fin de la guerre. Parallèlement, les frappes russes incessantes renforcent la crainte que l’Ukraine et sa capitale ne soient pas suffisamment préparées pour affronter un hiver difficile, alors que la Russie devrait, selon les prévisions, concentrer à nouveau ses attaques sur les infrastructures énergétiques.

Source : BBC World