L’Allemagne n’est pas en mesure d’assurer sa propre défense sans recourir à de nouveaux emprunts, a déclaré mardi à Berlin le ministre des Finances Lars Klingbail. Pour justifier la nécessité d’augmenter les dépenses face à la montée des menaces, le ministre a comparé la situation, lors de la défense du projet de budget pour 2027 devant la chambre basse du Parlement, à « voler vers la Lune sans fusée ».
Berlin augmente ses dépenses de défense et de sécurité sous la pression du président américain Donald Trump, qui incite les alliés de l’OTAN à rehausser leurs contributions, et en raison des avertissements des autorités concernant le renforcement des menaces cyber et hybrides provenant de pays comme la Russie et l’Iran. En juillet, le gouvernement a approuvé un projet de budget prévoyant une hausse des investissements et des dépenses militaires pour protéger l’économie des chocs énergétiques liés à la guerre et des conséquences d’un sous‑financement chronique.
Plans d’emprunt et priorités économiques
Entre 2027 et 2030, l’Allemagne prévoit d’emprunter un total de 838,2 milliards d’euros (973,23 milliards de dollars). Malgré une opposition profondément ancrée dans la société allemande à l’égard de la dette publique, héritée de l’hyperinflation des années 1920, Lars Klingbail a souligné que ces investissements sont indispensables pour préparer le pays à l’avenir et préserver sa capacité d’action.
Le volume total des investissements en 2027 atteindra 117,5 milliards d’euros, contre 78,9 milliards d’euros en 2025. Cet effort sera soutenu par un fonds d’infrastructure de 500 milliards d’euros et par un assouplissement des règles d’emprunt pour les besoins de la défense. Lars Klingbail a critiqué les opposants à ce fonds spécial, affirmant que leur idéologie est responsable du délabrement des infrastructures depuis des années.
Défis politiques et stratégie de sécurité
Les réformes économiques et d’investissement annoncées par la coalition au pouvoir, composée des sociaux-démocrates et des conservateurs, n’ont pas convaincu les électeurs lors du scrutin de dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, où le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivé en tête. Cette défaite, marquée par une campagne de l’AfD axée sur des positions anti‑immigration et pro‑russes, a exacerbé les divisions au sein de la coalition gouvernementale du chancelier Friedrich Merz. Dans ce contexte, le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) appelle à modérer les réformes économiques et sociales prévues. Le ministre a souligné que le gouvernement ne tolérera ni le racisme ni les politiques d’exclusion, et qu’il ne laissera pas l’extrême droite diviser le pays entre « nous » et « les autres ».
Lars Klingbail a également déclaré qu’il ne permettra pas un démantèlement systématique de l’État-providence sous couvert de réformes, ajoutant que les attaques contre les droits et acquis sociaux doivent cesser.
Les dépenses de défense augmenteront en 2027 pour atteindre 109 milliards d’euros, contre 82,2 milliards d’euros en 2026. Le montant total des dépenses de sécurité, incluant l’aide à l’Ukraine et d’autres postes budgétaires, s’élèvera à 130,1 milliards d’euros. Lars Klingbail a affirmé que l’Allemagne n’investit pas dans la défense pour faire la guerre, mais pour éviter que ses citoyens n’aient à la subir, ajoutant que « la guerre de la Russie ne s’arrête pas aux frontières de l’Ukraine ». La semaine dernière, le gouvernement allemand a déclaré que la Russie était à l’origine d’une tentative d’attaque par drone contre l’aéroport de Leipzig/Halle. « Nous ne laisserons pas Poutine nous intimider », a déclaré Lars Klingbail.
Le ministre a également noté que ces fonds contribuent au retour de la croissance économique allemande. Malgré la hausse des prix due au conflit avec l’Iran et l’incertitude liée aux droits de douane imposés par les États-Unis, l’économie allemande a fait preuve de résilience avec une croissance de 0,3 % au deuxième trimestre. Plusieurs instituts économiques ont relevé leurs prévisions de croissance pour 2026 et 2027, soulignant que l’augmentation des dépenses publiques a favorisé une reprise plus forte que prévu au premier semestre. « La confiance ne naît pas parce que les politiciens demandent aux gens d’être optimistes. La confiance naît quand les choses changent », a conclu Lars Klingbail.
Source : Reuters



