La France gèle les actifs de la commentatrice russe Fedorova. Un décret publié vendredi bloque immédiatement ses avoirs, invoquant un mécanisme juridique «visant à prévenir des actes d’ingérence», qui, comme l’a précisé le ministère des Finances français, peut être prolongé.
Mercredi, le ministère de l’Intérieur a ordonné à Fedorova, qui travaille dans l’empire médiatique du milliardaire français Vincent Bolloré, de quitter le pays. Cette décision fait suite aux accusations des autorités françaises, qui l’ont accusée de diffuser de la propagande du Kremlin sur la télévision française. Son avocat, Emmanuel Piwnica, a qualifié le gel des actifs de «mesure clairement illégale», qui «confirme la persécution incessante contre elle». Il a déclaré à l’agence de presse française AFP que cette mesure «n’est pas mieux justifiée que son expulsion».
Fedorova, qui a annoncé son intention de contester l’ordre d’expulsion, a qualifié cette mesure de «pression politique» et de «censure» dans un message sur la plateforme X. «Nous observons une forme absolument nouvelle de pression politique avec un seul objectif : la censure des opinions qui ne correspondent pas au récit officiel», a-t-elle écrit.
Accusations de désinformation et de manipulations
L’ancienne dirigeante de la branche française de RT, interdite en France depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, est commentatrice pour des publications appartenant au groupe médiatique de Vincent Bolloré. Les autorités françaises l’accusent d’être «un relais des campagnes de désinformation organisées par le pouvoir russe» pour «déstabiliser l’ordre public» en France. Depuis le milieu de l’année, Fedorova est placée sous assignation à résidence et doit se présenter quotidiennement à la police.
Selon le ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez, les interventions publiques de Fedorova reprennent systématiquement les récits russes concernant la guerre en Ukraine et le rôle de la France. Ses remarques sur CNews ont fait l’objet de plusieurs plaintes auprès du régulateur des médias, qui sont actuellement examinées. Sa présence de plus en plus active au sein du groupe médiatique de Bolloré suscite également des inquiétudes quant à une éventuelle influence sur les débats publics, notamment à l’approche de la campagne présidentielle de 2027.
Les employeurs de Fedorova, Canal+ et Lagardère, ont condamné dans une déclaration les actions des autorités françaises comme une «violation particulièrement grave de la liberté d’expression». Le ministre de l’Intérieur français Laurent Nuñez a affirmé que l’ordre d’expulsion «ne viole pas la liberté d’expression». Selon lui, cette décision repose sur de nombreuses déclarations publiques de Fedorova, qui, selon les autorités françaises, reprennent les récits du Kremlin concernant la participation de la France, la situation en Ukraine et les causes de l’agression russe, ainsi qu’une ingérence dans les débats politiques français.
Division parmi les politiques français d’extrême droite
Cette affaire divise les politiques français d’extrême droite. Le député du parti d’extrême droite «Rassemblement National» Thomas Ménagé a déclaré jeudi au diffuseur public Franceinfo : «Les positions de cette dame ne correspondent pas aux positions du Rassemblement National». Il a précisé : «Si les autorités ont décidé qu’elle ne devait pas rester sur le sol français, c’est parce qu’elle répondait à des critères», ajoutant qu’il existe un «besoin urgent de se protéger» contre diverses formes d’ingérence russe dirigées contre la France. En même temps, il a exprimé l’espoir d’une «expulsion tout aussi rapide» des contrevenants étrangers soumis à la déportation, notamment en provenance d’autres pays, comme l’Algérie.
Source : RFI



