Le Premier ministre canadien Marc Carney a rompu vendredi les négociations commerciales avec les États-Unis pour protéger l’exception culturelle du Québec, notamment l’utilisation de la langue française, qui avait été remise en question par l’administration Trump.
La protection de la culture québécoise et de la langue française est devenue l’un des principaux points de blocage dans les négociations commerciales entre Ottawa et Washington. Marc Carney a déclaré qu’il refusait de faire des compromis sur les exigences américaines. Lundi, le Premier ministre canadien, souvent critiqué par le passé pour son manque d’attention à la langue française, a souligné qu’«il existe une énorme différence entre les points de vue canadiens et américains» sur la culture.
Les exigences des États-Unis et l’accessibilité du contenu québécois
Marc Carney, qui continue d’étudier la langue française, a critiqué les exigences présentées par la partie américaine «dans les dernières heures» des négociations. Elles remettaient en question les subventions pour la culture francophone, le rôle des médias en ligne francophones et l’exigence de l’étiquetage bilingue des produits vendus au Canada.
Selon Carney, il s’agit également d’une question d’«accessibilité» des œuvres québécoises — c’est-à-dire «la présence de contenu sur Internet et sa capacité à être trouvé parmi une grande masse», comme le définit le gouvernement du Québec sur son site officiel.
La professeure de science politique de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier a noté que «la question de l’exception culturelle du Québec a toujours irrité les Américains». Elle a ajouté que d’autres facteurs, notamment des droits de douane supplémentaires sur les automobiles, avaient également contribué à l’échec des négociations.
Le représentant commercial américain Jaymison Grir a déclaré lundi à la chaîne CNBC que «le Canada force les entreprises technologiques américaines à verser une partie de leurs profits à des concurrents canadiens». En juillet, Marc Carney a annoncé l’annulation d’une taxe de 5 % qui devait être imposée aux plateformes en ligne américaines.
Large soutien au Québec et réaction internationale
Jaymison Grir, qui est lui-même francophone, a toutefois noté : «Mais je comprends pourquoi les Québécois veulent avoir du contenu en français».
Au Québec, où un peu plus de 75 % des quelque 9 millions d’habitants parlent le plus souvent français, la décision de Marc Carney de rompre les négociations vendredi et de soutenir ces droits culturels, qualifiés de «fondamentaux», a reçu un large soutien. Un sondage publié dimanche par l’institut Angus Reid a montré que 85 % des Québécois considèrent cela comme «la bonne décision». C’est le taux le plus élevé parmi les dix provinces canadiennes.
Geneviève Tellier a noté que Marc Carney avait souvent été critiqué par le passé pour son manque d’attention à la langue française, et a qualifié sa position actuelle de sans précédent depuis l’arrivée du Premier ministre libéral au pouvoir en mars 2025.
La Première ministre du Québec Christine Freschette a déclaré lundi avec Marc Carney que «le Québec est confronté à d’énormes obstacles», mais ne se laissera pas «intimider». Dimanche, elle a écrit sur son compte X : «Notre identité n’est pas négociable». Freschette doit se représenter au poste de Première ministre de la province lors des prochaines élections du 5 octobre. Actuellement, les sondages sont en tête du parti qui prône l’indépendance du Québec.
L’importance que ont prise la culture québécoise et la langue française dans la guerre tarifaire avec les États-Unis a suscité des réactions même au-delà de l’Atlantique. «Trump menace le Québec. Il devra le regretter s’il va plus loin dans cette voie. Les Français sont liés au Québec. Soyons prêts à venir en aide au Canada et au Québec», a déclaré dimanche le leader du parti «La France insoumise» Jean-Luc Mélenchon.
Source : Le Figaro



