Un rapport policier concernant les événements à Ceuta évoque une possible implication « de personnes liées aux forces de sécurité du Maroc » dans l’organisation de l’afflux massif de personnes vers la ville.
Le document, élaboré par la Police nationale espagnole, conclut que « nous n’avons pas affaire à un événement spontané ou fortuit » concernant cet afflux massif vers la ville autonome. Selon la police, la direction de cette « intrusion » à Ceuta aurait été assurée par « des personnes liées aux forces de sécurité du Maroc, ainsi que par des individus ou des entités disposant des capacités et de l’expérience nécessaires pour participer à la planification du processus ». « …nous n’avons pas affaire à un événement spontané ou fortuit », précise le rapport, transmis au Tribunal national et consulté par ABC.
Le document, remis lundi dernier à la juge María Tardón, renforce les soupçons d’une « piste marocaine » et remet en question la version du gouvernement de Pedro Sánchez, qui évoque l’action de réseaux mafieux. Dans ce « processus planifié et exécuté grâce à la coordination des participants concernés », des individus « dotés d’une forte capacité d’influence sur les réseaux sociaux » auraient joué un rôle. La police n’a cependant pas pu identifier les responsables précis pour déterminer les organisateurs concrets.
L’ampleur et la planification de l’« intrusion »
Le rapport du CENIF évalue également le nombre de personnes entrées à Ceuta. Ce chiffre est estimé entre 75 000 et 85 000 individus. Le calcul tient compte du fait que la zone frontalière d’El Tarajal est restée pratiquement inopérante en matière de contrôle pendant 10 heures, selon les données recueillies par les agents de la brigade des étrangers.
Les agents estiment que cette « intrusion » a été accompagnée d’une « planification préalable » et impliquait donc une « organisation intellectuelle et directe », ainsi qu’une « direction stratégique et opérationnelle agissant selon des procédures clairement définies à différentes étapes de l’exécution du processus ».
Ils affirment également que « l’objectif migratoire ne sert que de couverture formelle », ce qui est confirmé par un « fait indéniable » : seulement environ 10 % du nombre total de personnes ayant franchi la frontière vers Ceuta sont restées sur le territoire espagnol.
La police met aussi en garde : l’afflux massif était un processus « aux autres objectifs, distincts de la migration », et s’est déroulé « à des moments précisément définis ». Durant ces périodes, deux facteurs clés ont été observés : « une présence minime des forces et organismes de sécurité marocains » et « une orientation active de la foule vers les points de passage frontaliers par ces mêmes forces ».
Le rapport souligne également le « niveau élevé de spécialisation » derrière cet événement, « hors de portée de toutes les structures criminelles connues de la police dans cette région et dépassant largement les capacités des rares grandes organisations agissant dans le domaine de l’immigration illégale au Maroc ».
Dans leurs conclusions, les agents indiquent à la juge du Tribunal national que la méthode de pénétration à Ceuta visait à « paralyser le système de contrôle frontalier en un lieu et de manière précise ». « Une fois la fonction de paralysie du système de contrôle frontalier accomplie, entraînant l’ouverture des portes, l’objectif devient alors de neutraliser la capacité de réaction de l’Espagne », ajoute le document.
Source : ABC.es



