L’activité économique en Argentine a de nouveau reculé en mai, signalant une reprise inégale de l’économie.
L’agence nationale de statistiques INDEC a rapporté que son estimateur mensuel de l’activité économique EMAE (Estimador Mensual de Actividad Económica) a diminué de 0,5 % en mai, après ajustement pour les variations saisonnières. C’est le deuxième mois consécutif de baisse de cet indicateur, ce qui témoigne d’une perte d’élan dans la reprise observée plus tôt cette année.
Comparé à mai de l’année dernière, l’activité économique n’a crû que de 0,2 %. Les économistes interrogés par Bloomberg anticipaient une croissance annuelle de 2,5 %. Cet écart est l’un des plus marquants des derniers mois et indique une reprise économique bien plus faible que prévu.
EMAE est un indicateur mensuel de l’activité économique, souvent utilisé comme équivalent opérationnel de l’estimation du produit intérieur brut. Il combine les indicateurs de production dans les secteurs clés pour refléter rapidement l’état de l’économie, bien avant la publication des données officielles trimestrielles sur le PIB.
Deux mois consécutifs de baisse de cet indicateur suscitent généralement des inquiétudes, car cela peut signaler un ralentissement de la croissance économique, même si les indicateurs annuels demeurent formellement positifs.
Une économie à deux vitesses
Les données statistiques globales masquent un écart significatif entre les secteurs orientés vers les marchés extérieurs et ceux dépendant de la demande intérieure. L’agriculture et l’industrie extractive continuent de croître grâce à de meilleures récoltes et à une forte demande mondiale de lithium et d’autres minéraux.
En revanche, la production et le commerce de détail ont enregistré un recul. Ces secteurs, intensifs en main-d’œuvre, dépendent largement des dépenses de consommation des ménages, qui restent sous pression en raison de l’inflation élevée et de la stagnation des revenus réels. Ainsi, la croissance orientée vers l’exportation ne s’est pas encore traduite par un redressement économique intérieur généralisé.
Une telle économie à deux vitesses est typique des pays qui suivent un programme de stabilisation rigoureux. Lorsque le gouvernement réduit les dépenses publiques et permet à la monnaie de se rapprocher du cours du marché, les secteurs d’exportation en profitent généralement en premier, car leurs produits deviennent plus compétitifs sur les marchés internationaux.
En revanche, les familles qui perçoivent des revenus en monnaie locale, dont le pouvoir d’achat a diminué, sont contraintes de restreindre leurs dépenses quotidiennes. Cela impacte négativement les magasins, les usines et les entreprises de services qui dépendent de la demande intérieure. Cet écart explique pourquoi les indicateurs officiels de croissance économique ne correspondent souvent pas à la perception des Argentins ordinaires.
Conséquences pour le programme de Milei
L’administration du président Javier Milei mise sur une politique budgétaire stricte pour maîtriser l’inflation et restaurer la stabilité macroéconomique. En mai, l’inflation mensuelle a effectivement diminué à 2,1 % contre 2,6 % en avril, indiquant un ralentissement supplémentaire, bien que progressif, de la hausse des prix.
Cependant, deux mois consécutifs de contraction de l’activité économique soulèvent des interrogations sur la stabilité sociale et politique de cette austérité rigoureuse. Le taux de chômage a augmenté par rapport à l’année dernière, et les revenus réels de la population restent sous pression, ce qui accroît le mécontentement public malgré le ralentissement de l’inflation.
Le principal défi pour l’administration demeure le temps. La réduction de l’inflation depuis des niveaux record est une réalisation importante qui, à terme, peut restaurer la confiance et stimuler les investissements. Toutefois, si ce processus prend trop de temps ou si ses conséquences sont trop inégales, la patience de la société pourrait s’épuiser avant que l’effet positif ne devienne perceptible. Les faibles indicateurs des importations et des recettes fiscales publiés par INDEC confirment la tendance selon laquelle les consommateurs continuent de restreindre leurs dépenses, et cette dynamique ne peut être ignorée indéfiniment par aucun gouvernement.
Source : The Rio Times



