L’affaire Zondacrypto pourrait devenir le plus grand scandale pour le président polonais Karol Nawrocki

Un retentissant scandale financier a éclaté en Pologne, susceptible d’ébranler les principaux responsables politiques. L’effondrement de la plateforme polonaise de cryptomonnaies Zondacrypto a privé des milliers de clients de l’accès à leurs fonds, poussant le parquet polonais à ouvrir une enquête pour fraude massive présumée et blanchiment d’argent.

Selon les estimations des procureurs et les données des investigations, des dizaines de milliers de personnes pourraient être concernées, pour un préjudice évalué à au moins 2,4 milliards de zlotys (soit environ 535 millions d’euros). L’affaire prend déjà une dimension politique, Zondacrypto ayant financé divers projets. Ainsi, le 27 août, les agents du Bureau central de lutte contre la cybercriminalité ont interpellé le président du Comité olympique polonais, Radosław Piesiewicz, soupçonné d’avoir reçu des avantages indus de la part de la plateforme.

Le Premier ministre Donald Tusk a qualifié Zondacrypto de société aux « racines extrêmement malfaisantes », liées à la disparition ou à la mort présumée de son fondateur, à des fonds issus de la mafia russe et à l’influence des services spéciaux russes. L’histoire de l’entreprise a commencé en 2014 à Katowice, où Sylwester Suszek a fondé la bourse de cryptomonnaies BitBay. Surnommé le « roi polonais des cryptomonnaies », il a disparu dans des circonstances mystérieuses en 2022.

Après un rebranding, la direction de la bourse a été reprise par l’avocat Przemysław Kral. Selon l’actuelle direction de Zondacrypto, Sylwester Suszek, toujours introuvable, pourrait avoir accès à un portefeuille de cryptomonnaies contenant environ 4 500 bitcoins, dont la valeur est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. L’enquête en cours examine également les éventuels liens de Sylwester Suszek avec des individus soupçonnés d’appartenir à des organisations criminelles, de malversations financières ou de privation illégale de liberté.

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Les liens de la plateforme de cryptomonnaies avec l’élite polonaise

Des accusations de fraude à grande échelle ont déjà été portées contre Przemysław Kral, qui, selon les médias, collabore activement avec l’enquête. Radosław Piesiewicz, proche politiquement du parti Droit et Justice (PiS), est inculpé pour avoir reçu des avantages indus, notamment une montre d’une valeur d’environ 40 000 euros, ainsi que des informations privilégiées qui, selon les enquêteurs, lui auraient permis de retirer ses fonds à la veille de l’effondrement de la plateforme. Cette affaire pourrait même entraîner l’exclusion des athlètes polonais des compétitions olympiques.

Zondacrypto a financé plusieurs projets liés à l’environnement conservateur, dont la conférence conservatrice américaine CPAC et la chaîne de télévision Republika. Elle a également versé environ 70 000 zlotys pour soutenir la fondation « Bon gouvernement » du député d’extrême droite de la Confédération, Przemysław Wipper. Mais c’est le parti d’opposition Droit et Justice (PiS) qui a bénéficié du plus grand soutien officiel.

Parmi les personnes impliquées ou liées à cette affaire figurent des membres de PiS, dont l’ancien ministre de la Justice et procureur général Zbigniew Ziobro, parti aux États-Unis, et son ancien adjoint Marcin Romanowski, en fuite pour échapper à l’enquête. La plateforme de cryptomonnaies a transféré au moins 450 000 zlotys à la fondation de Zbigniew Ziobro, l’Institut pour une Pologne souveraine.

Le Premier ministre Donald Tusk s’est également retrouvé sous le feu des critiques après avoir publié sur les réseaux sociaux une photo de lui portant un maillot du club de Gdańsk Lechia, sponsorisé par Zondacrypto. Les opposants utilisent cette photo comme preuve présumée de ses liens avec la plateforme. Par ailleurs, l’avocat de Przemysław Kral est le député du parti du Premier ministre en exercice, Roman Giertych.

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Le chef du parti Développement Plus, l’ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki, soutient la création d’une commission d’enquête pour examiner l’affaire à partir de 2019. En revanche, le leader de PiS, Jarosław Kaczyński, a critiqué cette proposition, suggérant plutôt la mise en place d’une « commission de confiance publique » composée de 15 experts. Ces déclarations pourraient avoir l’effet inverse si les informations des médias se confirment, à savoir que le député de PiS proche de Kaczyński, Michał Moskal, se serait rendu à Ibiza pour rencontrer Przemysław Kral et aurait proposé des amendements favorables à la plateforme dans des projets de loi.

Le président Karol Nawrocki sous pression

Il n’est pas exclu que Zondacrypto ait disposé d’un lobbyiste encore plus influent dans sa lutte contre les changements législatifs : le président du pays, Karol Nawrocki. Le gouvernement de Donald Tusk a tenté à deux reprises d’adopter une loi régulant la circulation des cryptomonnaies, afin d’aligner la législation polonaise sur le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation). Mais à chaque fois, le projet de loi, approuvé par la majorité gouvernementale, a été vetoé par le président, et la coalition n’a pas réussi à réunir suffisamment de voix pour surmonter ce veto.

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Karol Nawrocki a justifié sa position par la nécessité de protéger les citoyens et d’éviter une pression réglementaire excessive sur les entreprises légales. Cependant, après l’effondrement de Zondacrypto, ces décisions ont pris une nouvelle dimension politique. Tusk a affirmé que « l’insistance du président à opposer son veto à un projet de loi qui aurait pu protéger les Polonais contre les abus ou la perte de leurs économies… est une preuve éhontée et flagrante qu’ils jouent le jeu de cette entreprise. En ignorant que derrière elle se cachent des fonds sales en provenance de Russie ».

La situation pourrait avoir de graves conséquences politiques pour Nawrocki. Il nie catégoriquement tout lien personnel avec Zondacrypto et bénéficie de l’immunité présidentielle jusqu’à la fin de son mandat. Toutefois, si l’enquête parvient à réunir des preuves convaincantes d’une éventuelle collusion entre des représentants de la droite polonaise et Zondacrypto, son « teflon » — sa capacité à maintenir sa popularité malgré les scandales — pourrait toucher à sa fin.

Pour la droite polonaise, ce scandale pourrait devenir un « cygne noir », anéantissant ses chances de victoire lors des élections législatives de 2027.

Source : Ukrainska Pravda