L’UE veut aider les villes à réguler Airbnb face à la crise du logement

L’Union européenne cherche à réduire le coût du logement dans les villes les plus prisées en donnant aux autorités locales les outils nécessaires pour réguler Airbnb et les autres opérateurs de location de courte durée. Le projet de Loi sur le logement abordable de la Commission européenne, qui doit être approuvé par le collège des commissaires ce mercredi, prévoit de nouvelles règles pour identifier les zones en tension où l’offre ne suffit pas à répondre à la demande. Cela fournira aux autorités nationales, régionales et locales une base juridique pour mettre en œuvre des mesures ciblées face à la pénurie de logements.

Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie et au Logement, a souligné que si la location de courte durée n’est pas la cause unique de la crise du logement en Europe, elle aggrave le problème dans certaines régions, notamment dans les grandes métropoles. « Quand des milliers de logements sont retirés du stock de logements dans une ville où il existe déjà une pénurie, nous ne pouvons pas prétendre que cela n’a pas d’impact sur l’accessibilité financière du logement pour les citoyens et sur le nombre de logements disponibles », a déclaré Dan Jørgensen. Les locations de courte durée officiellement enregistrées ne représentent qu’environ 1,2 % du stock immobilier total de l’UE, mais ce chiffre peut atteindre 20 % dans les destinations touristiques prisées. Selon AirDNA, Paris comptait l’an dernier environ 60 000 annonces actives de location de courte durée. Dans le centre de Porto, ces annonces représentaient près de 40 % du parc locatif disponible, et jusqu’à 56 % dans certains quartiers de Madrid.

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Défis juridiques et régulation

De nombreuses villes, dont Barcelone, Amsterdam, Florence et Paris, tentent déjà de réguler la location touristique de courte durée. Barcelone prévoit de supprimer progressivement environ 10 000 appartements touristiques sous licence d’ici 2028, tandis qu’Amsterdam, Florence et Paris ont instauré des systèmes d’autorisation, des plafonds de loyers ou des restrictions sur les nouveaux biens en location courte durée. Ces initiatives mènent souvent à de longues batailles judiciaires. Des propriétaires et des représentants du secteur touristique ont déposé des recours contre les restrictions à Florence, et Airbnb a contesté une amende de 64 millions d’euros infligée par l’Espagne. Bien que ces tentatives de recours aient échoué, les procédures judiciaires ont engendré des coûts importants pour les autorités locales. Cette nouvelle initiative législative vise à permettre aux autorités d’agir plus efficacement tout en réduisant les risques de litiges.

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Les représentants du secteur touristique critiquent ces projets, affirmant que les restrictions pourraient nuire à l’économie dépendante du tourisme et aux revenus des propriétaires immobiliers. Ils remettent également en question les compétences de la Commission européenne en matière de politique du logement. En réponse, Dan Jørgensen a insisté sur le fait que « le logement est un droit, pas une simple marchandise », et que les citoyens doivent primer sur les profits. Il a toutefois précisé que les nouvelles règles ne prévoient pas d’imposer des restrictions directement depuis Bruxelles. Ce sont les autorités nationales, régionales et locales qui détermineront quelles zones sont en tension, s’il est nécessaire d’intervenir et quelles mesures adopter.

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Dan Jørgensen a averti qu’ignorer la crise du logement pourrait éroder la confiance des citoyens envers les institutions démocratiques et favoriser l’influence des forces politiques extrémistes. Il y a près d’un an, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié la pénurie de logements dans l’UE de « crise sociale » et a promis d’agir.

Selon Dan Jørgensen, cette nouvelle loi constituera une « étape décisive » pour soutenir les villes, les régions et les pays qui souhaitent aider rapidement les territoires et les populations les plus touchés par la crise du logement. Il a néanmoins reconnu que cette mesure n’est pas une solution miracle. L’UE, a-t-il ajouté, doit également agir sur les investissements, la simplification des règles, l’augmentation de l’offre de logements et la réduction de la pression sur le stock immobilier existant.

Source : Politico