S&P abaisse la note de crédit du Sénégal à CC, son plus bas niveau depuis 26 ans

L’agence S&P a abaissé la note de crédit à long terme du Sénégal en devises étrangères de CCC+ à CC, soit l’avant‑dernier échelon avant le défaut de paiement. Il s’agit de la note la plus basse attribuée au pays depuis près de 26 ans. La perspective reste négative, ce qui signifie que la prochaine révision, si elle a lieu, sera plus probablement une dégradation qu’une amélioration.

La décision, prise le 4 septembre, s’accompagne également d’un abaissement de la note à long terme du Sénégal en monnaie locale à CCC. S&P justifie cette mesure par l’anticipation que la restructuration de la dette prévue par le gouvernement entraînera très probablement des pertes pour les détenteurs d’obligations en devises étrangères. L’agence avertit concrètement que le Sénégal pourrait manquer des paiements ou contraindre ses créanciers à accepter des conditions synonymes de pertes financières.

Comment le Sénégal s’est retrouvé en crise de la dette

Les difficultés se sont intensifiées en 2024, lorsque le nouveau gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye a révélé l’existence de milliards de dollars d’emprunts non divulgués par l’administration précédente. Après réévaluation, la dette publique du Sénégal a atteint 132 % du PIB et le programme du pays avec le Fonds monétaire international a été suspendu pendant deux ans.

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Depuis, les agences de notation ont régulièrement dégradé la solvabilité du Sénégal. Le 28 août, Moody’s a abaissé la note du pays à Caa2, citant notamment les tensions politiques entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko. La dégradation de S&P à CC constitue une nouvelle étape de cette détérioration.

Une note de crédit aussi basse a des conséquences concrètes : elle renchérit le coût des futurs emprunts, décourage les investisseurs sur les marchés émergents et peut contraindre certains fonds à vendre automatiquement les obligations sénégalaises.

Paiements de coupons le 13 septembre

La première échéance importante est fixée au 13 septembre, date à laquelle le Sénégal doit effectuer des paiements sur deux obligations : un euro‑obligataire avec un coupon de 4,75 % arrivant à échéance en 2028 et une obligation en dollars avec un coupon de 6,75 % arrivant à échéance en 2048.

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Le gouvernement sénégalais a déclaré avoir déjà initié le transfert de fonds pour le paiement de l’obligation en dollars et avoir l’intention d’honorer ses engagements. Après cette annonce, les prix des obligations ont légèrement augmenté, mais ils continuent de s’échanger à environ la moitié de leur valeur nominale, signe d’une forte anticipation de pertes futures.

Le paiement des coupons et la restructuration ultérieure de la dette ne sont pas incompatibles : les gouvernements continuent généralement de servir leur dette pendant les négociations, avant d’inclure les obligations dans l’accord final une fois celui‑ci conclu.

Restructuration et programme du FMI

Le 1er septembre, le Sénégal et le Fonds monétaire international sont parvenus à un accord au niveau des services sur un programme de prêt de trois ans d’un montant de 2,2 milliards de dollars. Cet accord entre les représentants du gouvernement et les experts du FMI doit encore être approuvé par le conseil d’administration du Fonds.

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Le chef de mission du FMI a confirmé que le programme prévoit un « traitement de la dette », c’est‑à‑dire une modification des conditions des engagements du Sénégal. Parallèlement, le ministre des Finances du pays insiste sur le fait qu’il ne s’agit « pas d’une restructuration au sens traditionnel ». Le Sénégal a déjà entamé la révision des conditions de ses obligations internationales pour un montant de près de 5 milliards de dollars sous la supervision du FMI.

Indépendamment de la terminologie, S&P déclare désormais explicitement s’attendre à des pertes pour les détenteurs d’obligations sénégalaises. Parmi les événements clés à venir figurent les paiements obligataires du 13 septembre, le vote du conseil d’administration du FMI sur le programme et les conditions que le gouvernement de Dakar proposera finalement à ses créanciers.

Source : The Rio Times