La part des Espagnols qui pensent que la vie serait meilleure sans impôts a triplé, atteignant 24 % — un maximum historique

La part des Espagnols qui pensent que la vie serait meilleure sans impôts a triplé sous le gouvernement de Pedro Sánchez. Selon le dernier baromètre des opinions pour 2025, publié par l’Institut des études fiscales (IEF), 24 % de la population adhèrent à cette opinion, un record sur les trente dernières années.

Ce chiffre devient encore plus révélateur lorsqu’on le décline par tranche d’âge : 35 % des jeunes de 18 à 24 ans estiment que la vie serait meilleure sans impôts, et ce taux grimpe à 38 % chez les 25‑39 ans. L’un des éléments qui a alimenté l’inquiétude est l’affaire Shakira. En mai 2026, l’Audience nationale (Audiencia Nacional) a rendu un arrêt favorable à la chanteuse colombienne dans son litige avec l’Agence fiscale (Agencia Tributaria) concernant sa déclaration de 2011. L’engouement suscité sur les réseaux sociaux, où la décision a été célébrée comme une victoire personnelle, a inquiété l’Agence fiscale, d’autant plus que l’artiste avait déjà reconnu et réglé des infractions fiscales pour 2012, 2013 et 2014.

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Ce cas illustre la détérioration progressive de la conscience fiscale des Espagnols, tendance que les enquêtes annuelles du ministère des Finances via l’IEF suivent depuis plusieurs années.

La perception du système fiscal parmi les jeunes

L’inspecteur fiscal et auteur du livre « ¿Hacienda somos todos ? » Francisco de la Torre rappelle que les individus bénéficient net des ressources de l’État jusqu’à 18 ans ou légèrement plus. Après leurs études, cet équilibre se renverse : en entrant sur le marché du travail, ils constatent qu’ils paient d’importantes sommes d’impôts sans recevoir en contrepartie un volume équivalent de services publics. « Les jeunes comprennent que le système est biaisé contre eux, et le plus difficile, c’est qu’ils ont largement raison », souligne de la Torre.

La perception d’un fossé fiscal entre les générations s’est accentuée ces dernières années, notamment à cause de l’indexation générale des pensions sur l’indice des prix à la consommation (IPC) – y compris les pensions les plus élevées – et de l’absence d’ajustement de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF) à l’inflation. Ces mesures ont entraîné une hausse sans précédent de la charge fiscale sur les salaires et ont détérioré l’opinion des Espagnols quant aux bénéfices du paiement des impôts. D’après le dernier baromètre de l’Institut des études fiscales, 10 % des citoyens estiment qu’aucun service public ne justifie le paiement des impôts, 20 % jugent que les services offerts ne correspondent pas au niveau d’imposition, et 25 % pensent que les impôts ne contribuent pas à la redistribution des richesses.

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Cette perte de confiance se reflète également dans d’autres indicateurs : près d’un tiers de la population justifie la fraude fiscale, soit parce qu’elle la perçoit comme inhérente au paiement des impôts, soit parce qu’elle la considère indispensable pour survivre face à la pression fiscale élevée.

Le paradoxe de la politique fiscale

Les données du baromètre du ministère des Finances mettent en lumière un paradoxe intéressant. Le soutien social à l’existence du Trésor public (Hacienda Pública) pour financer les services publics a culminé en 2019, première enquête après l’arrivée de Pedro Sánchez au poste de Premier ministre et le lancement d’une politique visant à augmenter les impôts des ménages à hauts revenus et des entreprises afin de renforcer le financement de l’État‑providence.

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Depuis, le soutien à l’utilité du Trésor public a progressivement diminué, bien qu’il reste élevé – 79 %. Parallèlement, la proportion de la population qui estime que la vie serait meilleure sans impôts a fortement progressé, passant de 8 % en 2019 à 24 % en 2025.

Source : ABC.es