Le gouvernement sud-africain pourrait faire face à une action collective pour le massacre de Sharpeville de 1960

Les survivants du massacre de Sharpeville de 1960, l’un des événements marquants de la lutte contre l’apartheid, ainsi que les membres des familles des victimes ont déposé une demande pour être autorisés à intenter une action collective contre le gouvernement sud-africain. Ils accusent les autorités de ne pas avoir abrogé une loi vieille de 65 ans qui empêche les victimes de réclamer des dommages et intérêts.

La demande, déposée le 2 septembre auprès de la Haute Cour du Gauteng, a été signée au nom d’un groupe de victimes par l’un des survivants et deux descendants de personnes tuées. Ils cherchent à obtenir l’ouverture d’une procédure judiciaire qui obligerait le président sud-africain Cyril Ramaphosa ainsi que les ministres de la Justice et de la Police à prendre des mesures pour abroger la loi n°61 de 1961 sur l’immunité.

Lors du massacre de Sharpeville, la police a abattu au moins 69 manifestants à Sharpeville, au sud de Johannesburg. Cet événement a attiré l’attention mondiale sur la lutte contre le régime de la minorité blanche.

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Cette affaire représente la dernière tentative des personnes ayant souffert des crimes de l’ère de l’apartheid pour obtenir justice et réparation. Par ailleurs, une commission continue d’enquêter sur les retards dans la mise en cause des responsables des crimes commis par les forces de sécurité sud-africaines durant cette période.

Détails de la plainte et réaction des autorités

« L’action en justice est intentée sous forme d’action collective par trois demandeurs principaux au nom d’un groupe plus large de victimes », indique un communiqué conjoint de l’organisation sud‑africaine Lawyers for Human Rights et du cabinet d’avocats londonien Leigh Day. « Bien que le massacre soit commémoré chaque année le 21 mars comme un événement historique en Afrique du Sud, la douleur et les traumatismes des survivants et de leurs familles sont largement restés ignorés. »

Le porte‑parole du président Ramaphosa, Vincent Magwenya, a déclaré qu’il n’était pas au courant de la demande déposée le 2 septembre. Le porte‑parole du ministre de la Police, Kamogelo Mogotsi, a redirigé les questions vers le porte‑parole national de la police, qui n’a pas répondu à un appel téléphonique. Le porte‑parole du ministère de la Justice n’a pas non plus répondu à un appel, et aucun retour n’a été reçu à un courriel.

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L’action est intentée au nom d’Abram Mofokeng, un homme de 87 ans blessé à la jambe et au dos lors de la manifestation, ainsi que de deux personnes âgées de 71 et 72 ans dont les parents ont été tués. Selon les avocats, plus de 70 survivants du massacre et membres des familles des victimes ont exprimé leur intérêt à rejoindre l’action.

Une étude publiée en 2024, basée sur des archives policières, a révélé que jusqu’à 91 personnes auraient pu mourir lors du massacre et que 238 autres auraient pu être blessées. Les demandes de dommages et intérêts déposées en 1960 avaient été déclarées irrecevables en raison de la loi sur l’immunité.

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La Commission vérité et réconciliation d’Afrique du Sud, qui a tenu des audiences dans les années 1990 après la fin de l’apartheid, a identifié 21 000 victimes de ce système. En 2003, le gouvernement a commencé à verser une indemnité de 30 000 rands à 17 000 d’entre elles, ce qui représentait à l’époque environ 4 140 dollars américains.

Abram Mofokeng « estime que cette indemnité était totalement insuffisante et ne reflétait pas la gravité des blessures et des préjudices qu’il a subis tout au long de sa vie », ont déclaré les avocats.

Les demandeurs cherchent actuellement à engager des négociations avec le gouvernement pour obtenir des « réparations appropriées », a indiqué Charne Tracey de Lawyers for Human Rights. « Ils n’ont pas d’illusions : ils devront recourir à des moyens juridiques s’ils veulent que leurs voix soient entendues. »

Source : Bloomberg