Le Pakistan a signé un mémorandum de défense avec la Somalie concernant la coopération en matière de sécurité et de défense. Le document a été signé à Islamabad le 4 août 2026 par le ministre de la Défense somalien, Ahmed Moallim Fiqi, et son homologue pakistanais, Khawaja Muhammad Asif. Cette information a été relayée par l’agence d’information gouvernementale de la Somalie.
Le champ d’application du mémorandum comprend la lutte contre le terrorisme, la formation militaire, l’échange d’expériences, le renforcement du potentiel de défense et une coopération plus large en matière de sécurité. Une source a décrit cet accord comme un engagement de cinq ans, mais cette donnée n’a pas pu être confirmée. Le texte ne prévoit ni la création d’une base militaire, ni l’accès aux ports, ni l’autorisation pour le Pakistan de déployer des forces de combat en Somalie. Il s’agit d’une coopération institutionnelle, et non d’un déploiement de troupes.
Les ambitions de la délégation somalienne
La délégation somalienne comprenait les chefs des forces navales et aériennes du pays, ce qui indique des intentions plus larges que la simple discussion sur la formation militaire. Le 6 août, le ministre Fiqi a rencontré le maréchal Syed Asim Munir, chef d’état‑major de l’armée du Pakistan et commandant en chef des forces armées. Ce poste a été créé au Pakistan à la fin de 2025, conférant à un officier l’autorité sur les trois branches des forces armées. La réunion s’est tenue au quartier général de l’armée à Rawalpindi. Fiqi a également rencontré le maréchal en chef de l’air Zahir Ahmed Babar Sidhu au quartier général de l’armée de l’air.
La rencontre navale a eu lieu avec l’amiral Naveed Ashraf, chef d’état‑major de la marine du Pakistan. Les deux parties ont abordé la sécurité maritime dans l’océan Indien, ainsi que le développement des forces navales et de la garde côtière de la Somalie. La délégation a aussi visité l’Université nationale de la défense et Global Industrial and Defence Solutions, un fabricant d’équipements de défense du Pakistan. Ce dernier point du programme suggère qu’il ne s’agit pas uniquement de formation, mais aussi d’une éventuelle fourniture d’équipements.
La réaction de l’Inde et le contexte
Le vendredi 7 août, le porte‑parole du ministère des Affaires étrangères de l’Inde, Randhir Jaiswal, a été interrogé sur l’accord lors d’un briefing régulier pour les médias, organisé deux fois par semaine. Sa réponse a été prudente. Il a indiqué que l’Inde continue de suivre de près l’évolution des relations entre la Somalie et le Pakistan. Sa réponse concernant la Somalie ne comportait qu’une seule phrase. Les commentaires suivants – sur les liens historiques de l’Inde avec l’Afrique et sa coopération au développement avec les pays que les diplomates désignent comme le Sud global – ont été intégrés à la même réponse, mais concernaient la deuxième partie de la question du journaliste sur le sommet Inde‑Afrique.
Cette réaction mesurée ne doit pas être interprétée comme un signe d’inquiétude. Toutefois, l’Inde a été directement interrogée sur l’accord et a fourni une réponse brève, sans se soustraire aux commentaires. Le contexte est également important : la marine indienne mène des opérations antipiraterie au large des côtes de la Somalie depuis 2008. Ainsi, la coopération navale du Pakistan avec la Somalie dans les mêmes eaux touche à la rivalité entre les deux pays, qui se joue généralement plus près de leurs frontières respectives.
L’importance stratégique de la côte somalienne
La côte de la Somalie s’étend le long du golfe d’Aden jusqu’aux approches du détroit de Bab‑el‑Mandeb, voie maritime majeure pour le commerce entre l’Europe et l’Asie. Elle constitue aujourd’hui l’un des couloirs de navigation les plus sensibles au monde. Selon le Bureau maritime international, la piraterie au large de la Somalie a atteint son niveau le plus élevé depuis une décennie : au cours des sept premiers mois de 2026, 13 incidents ont été enregistrés, contre 5 pour l’ensemble de l’année 2025. C’est ce problème concret que la garde côtière doit aider à résoudre.
La Somalie possède déjà la plus grande base de formation militaire étrangère de la Turquie. Le 21 juillet 2026, le parlement turc a prolongé son mandat de deux ans supplémentaires. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Chine ont également des intérêts dans la région. L’ajout du Pakistan à cette liste ne marginalise pas les autres partenaires, mais rend le réseau de sécurité de Mogadiscio plus complexe.
Pour la navigation dans le golfe d’Aden, les primes d’assurance liées aux risques militaires et le choix des itinéraires dépendent de la stabilisation ou de la détérioration de la situation au large de la Somalie. L’augmentation du nombre de flottes étrangères intéressées par le développement du potentiel maritime somalien peut, dans l’ensemble, exercer un effet stabilisateur. Cependant, des partenaires concurrents peuvent contribuer à la formation de forces somaliennes distinctes et non coordonnées, ce qui a déjà conduit à la fragmentation du secteur sécuritaire du pays. La Turquie forme certaines unités, tandis que d’autres pays travaillent avec d’autres.
Pour Mogadiscio, la logique de cette coopération est plus simple qu’il n’y paraît d’un point de vue géopolitique. Le gouvernement, qui ne maîtrise pas encore pleinement le contrôle de ses côtes, est prêt à accepter l’aide à la formation de tout partenaire fiable qui la propose. L’indicateur réel sera de voir si les marins et les aviateurs somaliens commencent à être formés dans les institutions pakistanaises l’an prochain. Les mémorandums sont faciles à signer, mais les programmes de formation et la répartition effective des places montreront la profondeur de cet engagement.
Source : The Rio Times



