Lagarde exhorte l’Europe à réduire sa dépendance aux importations d’énergie face à la flambée des prix

Christine Lagarde exhorte l'Europe à réduire sa dépendance énergétique. La hausse des prix et les risques climatiques menacent la reprise économique et la stabilité monétaire.

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La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a appelé l’Europe à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et aux importations d’énergie, notant que la hausse des prix de l’énergie due à la guerre en Iran devrait servir de signal d’alarme pour le continent.

L’Europe importe environ 60 % de son énergie, et la quasi-totalité de ces importations est constituée de combustibles fossiles. Selon Lagarde, cet état de dépendance énergétique de l’Europe est « clairement insoutenable », et la hausse actuelle des prix de l’énergie est un rappel du coût de cette dépendance. Elle a fait ces commentaires mardi lors d’une conférence sur le climat à Francfort.

L’impact du climat sur la politique monétaire

La hausse des prix du pétrole et du gaz, provoquée par les hostilités au Moyen-Orient, crée une vulnérabilité pour les régions, comme l’Europe, qui dépendent des importations de combustibles fossiles. Les prix de l’énergie portent déjà un coup significatif à l’activité économique européenne, mettant en péril une reprise naissante et compliquant la tâche de la BCE, qui lutte contre une inflation ayant dépassé son objectif de 2 %.

Le chef économiste de la BCE, Philip Lane, a noté dans des commentaires distincts que les changements climatiques peuvent créer des défis directs pour les décideurs monétaires. Selon lui, le changement climatique réduit le niveau tendanciel de la production et augmente la volatilité de la production et de l’inflation, en partie à cause de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes.

Lane a également suggéré que « ignorer constamment les chocs d’offre liés au climat pourrait ne pas toujours être le choix le plus approprié si les chocs climatiques deviennent plus fréquents et plus marqués ». Il a ajouté que si cela se produit, le risque de « désancrage des anticipations d’inflation » devient plus aigu. Parmi les solutions possibles pour réduire la dépendance de l’Europe aux combustibles fossiles, Lane a mentionné l’énergie nucléaire aux côtés des sources renouvelables.

Selon Lane, les prix de gros et de détail de l’électricité ont étroitement suivi les variations des prix du gaz lors du choc énergétique de 2021/2022. Cependant, la réaction des prix de l’électricité au dernier choc a été plus modérée dans les pays ayant une part plus élevée d’électricité renouvelable ou nucléaire. Lane a répété la formulation de ses collègues de la BCE, notant que l’impact final de la guerre en Iran sur l’inflation dans la zone euro « dépend de l’ampleur et de la persistance du choc ».

La transition verte perd de son élan

Christine Lagarde a souligné que les sources d’énergie alternatives offrent la voie la plus claire pour minimiser les compromis entre les objectifs de la politique énergétique européenne : sécurité, durabilité et accessibilité. Cependant, selon elle, la réponse plus large des gouvernements et des sociétés dans leur ensemble « n’est pas à la hauteur des exigences du moment », compte tenu de l’ampleur des risques climatiques et naturels actuels.

L’année dernière, les émissions mondiales de carbone provenant des combustibles fossiles ont atteint un niveau record. Les scientifiques estiment désormais probable que le monde dépassera la limite de 1,5°C fixée par l’Accord de Paris au cours des cinq prochaines années, a rapporté Lagarde. Elle a également noté que la transition verte, si tant est qu’elle ait progressé, « a perdu de son élan », en partie parce que le changement climatique est devenu une question partisane, bien que ce phénomène « frappe indépendamment des préférences politiques ».

Source : Bloomberg Markets