La ministre serbe de l’Administration publique Snežana Paunović a affirmé que si elle avait été à la place de Slobodan Milošević en 1998, elle aurait procédé à des nettoyages ethniques au Kosovo. Ses déclarations ont provoqué une vive réaction à Belgrade et à Pristina, ainsi qu’une condamnation de l’Union européenne.
Paunović, ancienne représentante du Parti socialiste de Serbie (SPS), a déclaré la semaine dernière qu’elle aurait agi différemment du gouvernement yougoslave de l’époque. Originaire du Kosovo, elle a indiqué sur Kurir TV qu’elle n’aurait pas infligé aux Albanais « ce qu’ils font aujourd’hui pour le nettoyage ethnique du Kosovo, mais de telle manière que chacun qui ne se sentait pas citoyen de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (dont faisaient alors partie la Serbie et le Monténégro) quitte le pays et parte pour le pays de ses origines… et que ceux qui choisissent des actes terroristes soient détruits comme nous combattons habituellement les terroristes aujourd’hui, sans parler de l’époque ».
Réaction au Kosovo et en Serbie
Dans une déclaration écrite, Paunović a précisé qu’elle ne reniait pas les politiques et les stratégies de son parti, adoptées dans le contexte d’une révolte armée, ni son droit de discuter des erreurs ou d’analyser ce qui aurait pu être fait différemment.
Le ministre du Travail du Kosovo, Andin Hoti, a déclaré sur Facebook que Milošević était « le père idéologique de Paunović, qui s’est retrouvé devant un tribunal international, tandis que la Serbie a quitté le Kosovo, la queue entre les jambes ». « Quiconque appelle aujourd’hui aux nettoyages ethniques est non seulement une menace pour le Kosovo, mais aussi la preuve que la Serbie ne s’est pas encore libérée de l’idéologie génocidaire de Milošević et de la politique criminelle qui a engendré des guerres, des meurtres de masse et une honte historique », a-t-il ajouté.
Le mouvement d’opposition Mouvement des citoyens libres (PSG) a affirmé que quiconque justifie l’expulsion de personnes sur la base de leur nationalité ne peut rester membre du gouvernement serbe. Le parti a souligné que de tels propos sont particulièrement dangereux lorsqu’ils émanent d’un ministre responsable de l’égalité des citoyens devant les institutions de l’État. « La déclaration du ministre soulève également la question de la responsabilité pénale conformément à la loi qui interdit l’incitation à la haine nationale, raciale et religieuse », a noté le PSG.
Réaction internationale et position du parti
Le chef du parti de Paunović, le ministre de l’Intérieur Ivica Dačić, a qualifié les critiques à son encontre de « honteuses et hypocrites ». Selon lui, ceux qui l’accusent aujourd’hui d’appeler aux nettoyages ethniques sont restés silencieux face aux nettoyages ethniques de la population serbe au Kosovo.
La porte-parole de la Commission européenne, Anitta Hipper, a déclaré qu’il n’y avait pas de place en Europe pour des propos qui justifient ou promeuvent les nettoyages ethniques. La Commission européenne a souligné que de telles déclarations sont incompatibles avec les engagements de la Serbie dans le cadre du dialogue sous l’égide de l’UE pour la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina.
Source : N1



