Le Parlement européen s’inquiète du rythme auquel les députés adoptent l’intelligence artificielle et déploie une solution pour encadrer son usage. L’institution prévoit d’offrir l’accès à des modèles d’IA développés par les entreprises OpenAI, Meta, Anthropic et la start-up française Mistral, offrant ainsi aux députés et à leurs assistants une alternative sécurisée aux services publics.
Les députés européens et leur personnel utilisent de plus en plus l’IA pour rédiger des discours, des questions parlementaires et même des amendements aux lois. Pour encadrer cette utilisation, le Parlement européen met en place sa propre plateforme interne officielle, EPGenAI Hub. Selon Politico, elle devrait devenir une alternative plus sûre que les outils publics actuellement employés dans les travaux législatifs.
Mise en œuvre et risques pour le processus démocratique
Actuellement, EPGenAI Hub est en phase de test et, selon deux sources anonymes, pourrait être déployée dès septembre. Le projet répond aux préoccupations des présidents de commission face à l’augmentation du nombre de documents générés par l’IA. Les responsables ont décelé des signes d’utilisation de ces technologies après une hausse des amendements nécessitant une traduction, affichant un style d’écriture caractéristique et des références fictives à des normes inexistantes.
Brando Benifei, député du groupe Socialistes et Démocrates, qui a piloté l’élaboration de l’AI Act, rappelle que le Parlement n’a pas échappé aux erreurs et contenus trompeurs produits par l’IA. Selon lui, les eurodéputés doivent montrer l’exemple en respectant les règles de transparence. Aujourd’hui, environ 2 100 personnes, soit 20 % du personnel de l’institution, utilisent l’IA au quotidien.
Barry Andrews, président de la commission du développement, a reconnu que de nombreux députés utilisent déjà l’IA pour préparer des discours, des questions parlementaires et des amendements. « C’est leur choix, et je le comprends compte tenu de notre charge de travail, mais pour moi, ce sont des fonctions démocratiques fondamentales que les électeurs ont confiées au Parlement pour les accomplir », a-t-il déclaré.
Les présidents de commission ont demandé au secrétaire général Alessandro Chiocchetti de formuler des recommandations concernant l’utilisation de l’IA. Chiocchetti a indiqué que cette question pourrait relever de la compétence de la commission des affaires constitutionnelles, qui devra modifier le règlement intérieur afin d’introduire des règles plus strictes. Aujourd’hui, les députés n’ont pas l’obligation d’indiquer si leur travail a été réalisé avec l’aide de l’IA.
Caractéristiques techniques et questions de souveraineté numérique
La version bêta d’EPGenAI Hub permet aux utilisateurs de choisir entre des modèles opérant dans l’infrastructure interne du Parlement et des services externes hautement performants. Les modèles déployés localement incluent Llama de Meta, GPT-OSS de OpenAI et Mistral Small. Les services externes sont représentés par ChatGPT d’OpenAI et Claude Sonnet d’Anthropic.
Le déploiement de la plateforme accroît l’ouverture de l’institution aux entreprises américaines, ce qui va à l’encontre des efforts de Bruxelles pour renforcer la souveraineté numérique et réduire la dépendance vis-à-vis des technologies américaines. Autrefois, le Parlement avait déjà remplacé Google par le moteur de recherche français Qwant et désactivé les fonctions d’IA sur les tablettes des députés en raison des risques de cybersécurité.
Le service de presse du Parlement a indiqué que la liste des modèles disponibles pourrait évoluer en fonction de l’apparition de nouveaux modèles ouverts ou souverains de l’UE, fournis par des fournisseurs de cloud ayant signé des contrats avec la Commission européenne.
Source : Politico



