L’Union européenne réforme sa politique migratoire : cap sur un contrôle frontalier plus strict et une approche globale

L'Union européenne réforme sa politique migratoire pour renforcer la protection de ses frontières et mettre en place un système migratoire global.

L’Union européenne vise à renforcer la protection de ses frontières et à mettre en place un système migratoire global dans le cadre d’une nouvelle réforme qui, selon les responsables, donnera aux États membres un contrôle accru sur l’arrivée et le départ des migrants. « Pour la première fois, nous avons un système européen global, » a déclaré Magnus Brunner, responsable de la migration pour l’UE.

Les principaux changements prévus par la réforme comprennent des procédures frontalières renforcées, un mécanisme d’éloignement accéléré, un mécanisme de solidarité pour répartir la charge entre les États membres et un système de réaction aux pics migratoires inattendus.

Renforcement des procédures frontalières

Les migrants qui pénètrent illégalement dans l’Union européenne subiront un contrôle d’identité et de sécurité d’une durée maximale de sept jours. Au cours de ce processus, leurs documents d’identité, leurs données biométriques faciales et leurs empreintes digitales seront enregistrés dans une base de données. Ce contrôle vise à déterminer qui doit bénéficier d’une procédure accélérée ou standard d’examen de la demande d’asile, et qui doit être renvoyé dans son pays d’origine ou de transit.

Les groupes de défense des droits de l’homme se plaignent que ce processus entraînera en réalité la détention de la majorité des migrants, y compris des enfants, pendant toute la durée du contrôle.

Un autre changement concerne le mécanisme de « l’éloignement accéléré ». Les demandeurs d’asile considérés comme une menace pour la sécurité ou ayant de faibles chances d’obtenir le statut de réfugié seront traités plus rapidement. Cela concerne, par exemple, les citoyens de Maroc et du Bangladesh, qui se voient refuser la protection dans au moins 80% des cas. Les demandes examinées selon la procédure accélérée seront traitées dans des centres situés à proximité des « frontières extérieures » de l’UE – frontières terrestres, ports et aéroports – et prendront jusqu’à 12 semaines. Pour les autres demandeurs d’asile, la procédure standard continuera de s’appliquer.

Les organisations de défense des droits de l’homme soulignent que la procédure accélérée entraînera dans la plupart des cas une période de détention plus longue et des décisions hâtives.

Mécanisme de solidarité et réaction aux crises

La réforme met en place un « mécanisme de solidarité » destiné à alléger la charge pesant sur des pays comme l’Italie, la Grèce et Malte, qui ont accueilli ces dernières années la majorité des arrivées terrestres et maritimes. Selon ce mécanisme, les États membres sont tenus d’accueillir un certain nombre de demandeurs d’asile arrivant dans les pays situés à la frontière extérieure, ou de payer 20 000 euros (23 000 dollars américains) pour chaque demandeur d’asile aux pays sous pression.

Au moins 30 000 demandeurs d’asile par an seront concernés par ce système de réinstallation. Les négociations relatives au mécanisme de solidarité se sont déjà révélées difficiles, et lors du premier tour l’an dernier, plusieurs pays ont refusé d’accueillir des réinstallations.

Le paquet prévoit également un système d’urgence de « réaction aux pics » pour les pics migratoires inattendus, similaires à la crise de 2015-2016, lorsque plus de deux millions de demandeurs d’asile, dont beaucoup venaient de la Syrie et de l’Afghanistan, sont arrivés dans le bloc. Ce système permettra aux États membres de réduire la protection pour les demandeurs d’asile, permettant ainsi leur détention prolongée dans des centres situés à la frontière extérieure de l’UE. Le système s’appliquera également à l’« instrumentalisation » des flux migratoires – une accusation souvent portée contre la Biélorussie et la Russie, qui, selon les voisins de l’UE, font traverser les frontières à des migrants pour déstabiliser le bloc de 27 pays.

Source : RFI