La France engage une procédure d’expulsion contre Ksenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France

La France a décidé d’expulser Ksenia Fedorova, ancienne dirigeante de la chaîne RT France, qui travaille actuellement pour plusieurs médias du groupe Vincent Bolloré. Selon Libération, son avocat a reçu un arrêté, signé par le ministère de l’Intérieur, mercredi 29 juillet. Ce document indique que les activités de Ksenia Fedorova « portent atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et que sa présence en France constitue « une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ».

L’administration l’accuse de diffuser des campagnes de désinformation, orchestrées par le pouvoir russe, dans le but de manipuler l’opinion publique et d’affaiblir la confiance des citoyens français et européens dans leurs institutions.

De RT France au groupe de médias Bolloré

Ksenia Fedorova vit en France depuis 2017 et dirigeait RT France, la version francophone de la chaîne internationale financée par l’État russe. Le 2 mars 2022, quelques jours après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, l’Union européenne a suspendu la diffusion de RT France et de plusieurs autres chaînes de Russia Today. Le Conseil de l’Union européenne avait alors qualifié RT de média sous le contrôle direct ou indirect du pouvoir russe, utilisé dans des opérations de désinformation et de déstabilisation.

Après le gel des comptes de RT France et la liquidation de la société française en 2023, Ksenia Fedorova a poursuivi ses activités en France. Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1, écrit pour JDNews et anime une émission consacrée au monde orthodoxe. En 2025, elle a également publié un livre intitulé « Bannie » aux éditions Fayard, dans lequel elle décrit comment les autorités et les médias français cherchent à étouffer les opinions dissidentes. En août 2024, elle a obtenu un titre de séjour valable dix ans. L’octroi de ce titre a suscité des controverses politiques au printemps 2026 après plusieurs déclarations de l’éditorialiste sur la guerre en Ukraine.

Une procédure publiquement discutée depuis juin

Le 29 mai 2026, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié Ksenia Fedorova de « propagandiste avérée », l’accusant de diffuser les narratifs du Kremlin dans les médias français. Le 2 juin, le député socialiste Arthur Delaporte a directement interpellé le gouvernement à l’Assemblée nationale pour demander l’annulation de son titre de séjour et le lancement d’une procédure d’expulsion. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait alors rappelé que le titre de séjour avait été renouvelé car les conditions administratives étaient remplies. Il avait toutefois précisé qu’une décision d’expulsion pouvait être prise si une menace grave pour l’ordre public était établie, soulignant qu’il était nécessaire de réunir des bases juridiques suffisantes. L’arrêté, révélé le 29 juillet par Libération, indique que le ministère dispose désormais de bases juridiques suffisantes pour une telle décision.

La signature de l’arrêté d’expulsion ne signifie pas nécessairement un départ immédiat de France. Selon Libération, Ksenia Fedorova est placée sous assignation à résidence dans son appartement parisien et doit se présenter quotidiennement aux autorités. Le journal souligne également les difficultés pratiques d’une expulsion forcée vers la Russie. La coopération consulaire entre Paris et Moscou s’est considérablement réduite depuis 2022, et les liaisons aériennes directes entre la Russie et les États membres de l’Union européenne sont suspendues. Par ailleurs, Ksenia Fedorova peut quitter la France de son plein gré ou être remise aux autorités russes. De plus, elle est interdite de séjour en Allemagne.

Source : PolitiqueMatin