Le gouvernement de la Jamaïque déploie un nouveau levier juridique dans le cadre de sa campagne de longue haleine pour obtenir des réparations liées à l’esclavage et à la traite transatlantique. Ce lundi, une délégation gouvernementale menée par la ministre de la Culture Olivia Grange doit remettre une pétition au roi Charles III à Londres.
La pétition demande au souverain, qui demeure le chef d’État de la Jamaïque, de soumettre trois questions juridiques à l’examen du Comité judiciaire du Conseil privé, la plus haute instance d’appel du pays. La partie jamaïcaine affirme qu’il s’agit de la première fois qu’un pays du Commonwealth tente d’utiliser un tel mécanisme juridique pour faire progresser la question des réparations.
Une nouvelle voie juridique vers les réparations
La Jamaïque sollicite un avis consultatif sur trois points : l’asservissement des Africains en Jamaïque était-il légal au regard du droit anglais, violait-il le droit international et le Royaume-Uni a-t-il aujourd’hui l’obligation juridique de verser des réparations ?
Cette démarche ne constitue pas, en soi, une demande de versement financier immédiat. Toutefois, un éventuel avis juridique pourrait poser les bases de négociations plus larges sur les réparations et la responsabilité historique du Royaume-Uni dans l’esclavage.
La ministre de la Culture Olivia Grange a déclaré que cette initiative devait contribuer à parvenir à un « règlement attendu depuis longtemps » sur la question, liée à des siècles d’esclavage brutal subi par leurs ancêtres africains.
La position de la monarchie britannique
Le palais de Buckingham a confirmé avoir pris connaissance de la pétition. Un porte-parole du palais a déclaré que le roi Charles III avait exprimé à plusieurs reprises son engagement personnel et sincère à approfondir la compréhension de la question de l’esclavage et à trouver des moyens de surmonter les injustices historiques au profit des communautés actuelles.
La famille royale britannique fait face, ces dernières années, à une attention croissante concernant ses liens historiques avec l’esclavage et le colonialisme. Charles III et d’autres membres de la famille royale ont exprimé leurs regrets et leur tristesse face aux souffrances causées par la traite négrière, mais la monarchie n’a jusqu’à présent présenté aucune excuse officielle ni pris d’engagement concernant le versement de réparations.
Des revendications croissantes dans les Caraïbes
Les exigences de réparations gagnent du terrain dans l’ensemble des Caraïbes. Les gouvernements et les militants appellent les anciennes puissances coloniales à envisager diverses formes de compensation, allant des indemnisations financières aux programmes de développement, en passant par l’allègement de la dette et la restitution de biens culturels.
Lors du sommet du Commonwealth aux Samoa en 2024, les pays membres ont appelé à débattre de l’héritage de la traite transatlantique, accentuant la pression sur le Royaume-Uni et d’autres nations pour entamer un dialogue sur les réparations.
La Jamaïque a été une colonie britannique pendant plus de 300 ans avant d’obtenir son indépendance en 1962. Des Africains réduits en esclavage ont été massivement déportés sur l’île pour travailler dans les plantations, notamment de canne à sucre, générant des profits considérables pour les propriétaires de plantations et les commerçants britanniques.
La campagne pour les réparations se déroule dans un contexte de discussions en Jamaïque sur ses relations constitutionnelles avec la monarchie britannique et un possible passage à un régime républicain.
Lors de son séjour au Royaume-Uni, Olivia Grange doit également rencontrer des représentants du British Museum pour discuter du retour d’artefacts jamaïcains de l’époque coloniale. La question de la restitution culturelle est de plus en plus liée au débat plus large sur les réparations, alors que d’anciennes colonies réclament le retour d’objets conservés dans les musées et collections européens.
Par ailleurs, Charles III et la reine Camilla doivent se rendre dans les Caraïbes plus tard cette année dans le cadre d’un voyage officiel de neuf jours. La Jamaïque ne figure pas à l’itinéraire de cette visite.
Source : RFI



