Les supporters de football japonais ont poursuivi leur tradition de nettoyer les tribunes après le premier match de leur équipe nationale dans le Championnat du monde en cours, transformant les drapeaux en plastique bleu en sacs poubelle pour ramasser les déchets. Cette pratique, devenue une carte de visite internationale, a été remarquée pour la première fois lors du Championnat du monde 1998 en France.
Dimanche 14 juin, après un match nul 2-2 contre les Pays-Bas, les supporters ont rempli ces sacs de tous les déchets restants dans leurs secteurs, laissant les tribunes impeccablement propres. Selon eux, le nettoyage fait partie intégrante de la culture japonaise. Futo Hagiwara a souligné que « le nettoyage fait partie de notre culture, de notre approche spirituelle et de notre position », exprimant sa fierté pour un tel comportement collectif.
Les origines de la tradition et l’éducation japonaise
Eita Tanaka, un supporter de 20 ans portant un maillot bleu de l’équipe du Japon, a expliqué à l’agence AFP que les Japonais apprennent à laisser les lieux plus propres qu’ils ne l’étaient avant leur arrivée. Selon lui, dans les écoles japonaises, les élèves nettoient leurs classes sans instruction des enseignants. Les corvées font partie de l’éducation japonaise dès le plus jeune âge, et les enfants voient chaque jour comment nettoyer les sols et les tables à l’école.
Cette tradition est également soutenue par les particularités de l’environnement urbain : les conteneurs à ordures publics sont rares au Japon, ce qui oblige les gens à ramener leurs déchets à la maison. L’élimination des déchets ménagers dans les lieux publics est une tâche complexe.
Responsabilité sociale et pression de groupe
Le sociologue et philosophe Masachi Osawa pense que le comportement des supporters s’explique par une combinaison de responsabilité sociale et de pression de groupe. Il note que les Japonais s’intéressent généralement peu aux questions mondiales, telles que les inégalités ou les conflits, mais sont extrêmement sensibles aux considérations morales mineures. Osawa affirme que lorsque les Japonais interagissent avec d’autres dans un même espace ou ont un contact personnel direct, ils ressentent un fort désir de ne pas créer de problèmes ou de désagréments.
Scott North, professeur honoraire de sociologie à l’Université d’Osaka, qui a vécu au Japon pendant environ 40 ans, indique que les groupes de supporters japonais sont organisés avec des leaders et des partisans. Il explique que puisque tout le monde se réunit, on s’attend à ce qu’ils agissent comme un groupe. Selon North, lorsque les leaders sortent les sacs et disent « Hodimo », personne ne refuse. Masachi Osawa insiste sur le fait qu’au Japon, dès que quelqu’un commence à ramasser les déchets, les personnes autour ressentent qu’elles ne peuvent pas ne pas l’imiter. Il précise que la motivation principale du nettoyage ne réside pas tant dans le désir de maintenir la propreté du stade que dans celui de ne pas être perçu comme une source de désagréments au sein de son propre groupe.
Le comportement des supporters japonais inspire les autres : Jamieis Winston, quarterback de l’équipe de football américain des New York Giants, a été vu en train de se joindre aux supporters japonais après le match de dimanche, portant un maillot bleu du Japon avec son nom sur le dos. L’équipe nationale japonaise, qui participe à son 8e Championnat du monde, continuera à nettoyer tant qu’elle restera dans le tournoi. Le prochain match de l’équipe aura lieu samedi contre la Tunisie au Mexique.
Source : Libération

