Les autorités allemandes ont donné, mercredi 22 juillet, leur feu vert à un projet nucléaire franco-russe controversé, qui, selon les critiques, pourrait favoriser l’espionnage et le sabotage de la part de la Russie.
La coentreprise envisagée entre une filiale de la société française Framatome et l’agence atomique d’État russe Rosatom a pour objectif de produire des assemblages de combustible pour des réacteurs de conception russe. Le projet sera implanté sur le site de production de combustible nucléaire de Framatome à Lingen, en Basse-Saxe.
La filiale de Framatome, ANF (Advanced Nuclear Fuels), a déposé une demande d’autorisation pour ce projet en mars 2022, quelques semaines seulement après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Le ministère de l’Environnement de Basse-Saxe a annoncé mercredi avoir «décidé d’approuver» le projet.
Cette décision a été prise malgré la position du ministre de l’Environnement de Basse-Saxe, Christian Meyer, qui a déclaré que «la coopération avec l’agence nucléaire de Poutine est absolument incorrecte». Il a précisé que son ministère n’avait pas «la possibilité juridique de rejeter ou de limiter la durée de la demande» en raison de l’absence de sanctions contre Rosatom. En effet, Rosatom n’a pas été inclus dans les paquets de sanctions de l’UE instaurés après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Conditions d’approbation et préoccupations concernant la sécurité
Meyer a indiqué que l’une des conditions d’approbation stipule que les employés de Rosatom ou du fabricant russe de combustible nucléaire TVEL ne pourront accéder au site «que dans des cas très limités et sous la surveillance d’une inspection appropriée». Le ministère a également souligné que l’autorisation pourrait être révisée «si de nouveaux risques sont identifiés», notamment «dans le domaine de la sécurité nationale».
Roderich Kiesewetter, un représentant influent du parti de centre-droit CDU du chancelier Friedrich Merz, a déclaré mercredi que le gouvernement fédéral devait intervenir pour empêcher la réalisation du projet. La décision des autorités de Basse-Saxe est «dangereuse pour la sécurité et doit être annulée», a-t-il affirmé à Politico. Le parti des Verts critique également ce projet, soutenant qu’il pourrait donner à la Russie accès à «des informations sur des installations nucléaires très sensibles sur le territoire allemand».
L’Allemagne est l’un des principaux partenaires de l’Ukraine dans sa lutte contre l’invasion à grande échelle de la Russie et se trouve en état d’alerte accru face aux risques de «guerre hybride» liés à Moscou. Parallèlement, le pays a définitivement fermé ses dernières centrales nucléaires en 2023.
Les États de l’ancien bloc soviétique, ainsi que la Finlande, exploitent des centrales nucléaires de conception soviétique et ont encore besoin de combustible nucléaire approprié, qui sera produit par l’entreprise de Lingen. La Russie conserve également une part importante du marché mondial de l’approvisionnement en uranium grâce à ses propres réserves et à ses actifs dans les anciens États soviétiques, notamment au Kazakhstan.
Source : Channel NewsAsia



